Inégalités sociales et violences scolaires : c’est pas les flics la solution !

Le discours autour de la « violence » dans les établissements scolaires a fait son retour, et le gouvernement propose d’envoyer des flics dans les bahuts. Mais de quelle violence parle-t-on ?

Les indicateurs officiels, nationaux ou internationaux, le disent : en France, le lien entre milieu social et résultats scolaires est parmi l’un des plus élevé des pays de l’OCDE. 

Priorité à la répression ?

Le rapport PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) montre que les élèves issus d’un milieu socio-économique défavorisé ont enregistré 118 points de moins en sciences que ceux issus d’un milieu favorisé, l’équivalent de presque quatre années de scolarité. Une étude du Cnesco, le Conseil national de l’évaluation du système scolaire, montre en outre qu’un élève d’un quartier défavorisé réussit deux fois moins qu’un élève de quartier favorisé. 

Alors pas de scoop, dira-t-on. Tout cela se sait depuis depuis au moins l’époque de la création des Zones d’éducation prioritaire dans les années 1980 qui, face au constat du lien entre milieu social et résultats scolaires, devaient donner davantage de moyens aux écoles et établissements des quartiers populaires. Mais c’est quand une situation de violence vient à cristalliser toutes les inégalités que ministres et gouvernements font mine de s’intéresser au phénomène. Et avec Blanquer, autant dire que les équipes pédagogiques et les élèves n’ont qu’à bien se tenir, car son idée de génie c’est : des flics dans les écoles !

La semaine dernière, une large part de l’actualité médiatique s’est focalisée sur la vidéo montrant un élève menaçant son enseignante avec un pistolet factice dans un lycée de Créteil. Le ministre de l’Éducation a sauté sur l’occasion pour distiller son venin réactionnaire sur le nécessaire retour de l’autorité dans les établissements publics. Bientôt il y aura plus de prisons que d’écoles ! 

De quelle violence parle-t-on ?

La violence frappe d’abord les milliers de jeunes qui sont exclus du système scolaire chaque année, après la 3e ou après le bac, ceux et celles qui sont mal orientés, envoyés dans des filières non choisies, celles et ceux des établissements les plus populaires, serrés comme des sardines à plus de 30, parfois dès la maternelle ! C’est aussi la violence envers les enseignantEs, victimes des suppressions de postes, de conditions de travail dégradées d’année en année, du temps de travail qui s’alourdit.

La violence physique existe dans les écoles, et les équipes éducatives et les personnels des établissements scolaires sont les mieux placés pour le savoir. Mais quand ils la dénoncent comme étant la conséquence d’un délitement social profond dû à la crise de l’économie capitaliste et aux politiques de casse du service public de l’éducation, ils ne reçoivent que mépris et silence des différents gouvernements qui continuent de plus belle à tailler dans le vif ! 

La journée de grève dans l’éducation le lundi 12 novembre doit marquer le point de départ d’une bataille déterminée pour la défense du service public d’éducation, par la création massive de postes de fonctionnaires enseignantEs, de médecins scolaires, d’infirmières, de psychologues, de personnels qualifiés pour s’occuper de jeunes enfants en maternelle, pour la titularisation de l’ensemble des précaires de ce secteur, pour le classement en éducation prioritaire des établissements qui le réclament dans le premier et le second degré, incluant les lycées. Et le 12 ne doit être qu’un début pour la construction d’une grève prolongée de la maternelle à l’université.

Correspondant

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