Enseignement supérieur : Avec Macron, l’université au service du grand capital

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La nouvelle plateforme remplaçant APB (Admission post-bac), « Parcoursup », récemment inaugurée, fait partie des premières applications du plan Vidal, nouvelle réforme de l’enseignement supérieur instaurée par Macron. 

Le lancement de Parcoursup a été en premier lieu l’occasion pour la presse bourgeoise de donner sa vision de l’université à construire : en finir avec l’université de masse, quasi gratuite, inadéquate aux besoins du capital.

Ces derniers jours, on a ainsi vu fleurir les éditoriaux de grands journaux se réjouissant de l’application du plan Vidal et du cap que prennent les réformes de l’enseignement. L’Opinion, dimanche 14 janvier, annonce dès le titre : « Sélection à l’université : mieux qu’y penser, y passer ». On s’y félicite de ce premier pas, non assumé par le gouvernement, vers plus de sélection, par l’instauration des fameux prérequis à l’entrée de la fac : « une prise de conscience indispensable ». Le Figaro publie le 12 janvier un éditorial allant dans le même sens, jugeant qu’il s’agit « incontestablement, [d’]un pas dans la bonne direction », et saluant « l’habileté politique » qui consiste à ne pas susciter la contestation tout en affichant clairement la volonté de sélectionner les étudiantEs.

Une université devenue défaillante pour la bourgeoisie

Dans une interview donnée au Monde en octobre dernier, Édouard Philippe expliquait en parlant de l’université la nécessité de « réparer un dispositif qui ne fonctionne plus ». Sur ce constat tout le monde s’accorde : amphithéâtres bondés, échec scolaire, chômage à la clé… Sans parler du tirage au sort pour départager les étudiantEs, laissant, à la rentrée 2017, 3 000 étudiantEs sans place dans l’enseignement supérieur. Tout est décidément bon pour donner de la légitimité à la nécessité d’une telle réforme.

Aujourd’hui, pour former une main-d’œuvre plus proche des besoins du grand patronat, réformer l’université est d’une importance cruciale pour les classes dominantes françaises, bien en retard à cet égard vis-à-vis des autres bourgeoisies européennes. L’université a toujours été, ne nous y trompons pas, une institution clé de consolidation de l’idéologie dominante, et un outil de reproduction sociale. Néanmoins subsiste encore en France un certain nombre d’acquis, qui constituent une importante épine dans le pied des classes dominantes.

Si les plus précaires sont déjà exclus de fait des facultés, les frais de scolarité restent en France relativement faibles, comparés à d’autres pays européens comme le Royaume-Uni, l’Italie ou l’Espagne, où ont déjà eu lieu des réformes semblables à celles en cours en France. L’université de masse, ouverte trop largement selon certains, forme des intellectuels et des techniciens qui ne trouveront pas de place sur le « marché du travail » en laissant encore aujourd’hui la possibilité de suivre des études tout bonnement « inutiles » – dans le sens d’être adaptables immédiatement au marché du travail – comme les sciences humaines. Ce modèle coûte « trop cher » à l’État – qui, comme nous le rappelle le Figaro dans son édito le 14 janvier « n’a plus les moyens, ni financier ni stratégique, d’endosser le coût de la qualité » – et il est bien trop peu rentable pour la bourgeoisie aujourd’hui, en quête d’une main-d’œuvre, docile, formée et formatée. En effet, les contenus ne sont pas assez adaptés aux besoins du capitalisme français.

Des attaques majeures contre l’université

En France, processus de Bologne, loi Fioraso, puis LRU ont ouvert la voie à une transformation en profondeur de l’université. Le plan Vidal, ainsi que les processus de fusion d’universités en cours, entendent remédier à ces traits retardataires de l’enseignement supérieur français. Les fusions créent des « filières d’excellence », concurrentielles à l’échelle mondiale, ouvrant la porte des conseils d’administration aux « personnalités extérieures » – aux entreprises – qui vont ainsi pouvoir concocter des masters sur mesure, répondant aux besoins du « marché ». De même le projet de privatisation de l’apprentissage annoncé par Macron est celui d’une éducation toujours plus au service du patronat, dont le seul but est de former une jeunesse corvéable à merci.

Ces réformes ont aussi pour corollaire le raffermissement du contrôle social sur les lycéenEs et les étudiantEs, une jeunesse qui, depuis 1968, a eu un rôle clé dans les mobilisations sociales au côté du mouvement ouvrier. Le plan Vidal poursuit ainsi le durcissement du contrôle continu, en instaurant les fiches avenir qui donnent au conseil de classe une place centrale dans l’orientation des lycéens. De même la suppression du système de compensation des notes à la fac et l’instauration des contrats pédagogiques vont mettre une pression encore accrue sur les étudiantEs, en particulier les 50 % d’entre elles et eux obligés de travailler pour payer leurs études. Des mesures visant à resserrer l’étau sur une jeunesse qui pourrait bien être l’étincelle à même de jouer un rôle d’entraînement du mouvement ouvrier, et rappeler mai 1968 à un Macron qui tente de faire oublier ce qu’il en reste aujourd’hui.

G.B.

 

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