Éducation nationale : Monnaie de singe...

Disons le d’emblée, personne ne crachera sur l’augmentation de 800 euros de « l’indemnité de suivi et d’encadrement » (ISAE) attribuée aux professeurs des écoles (PE). Instituée en 2013 avec le lancement de la « refondation » de l’école, cette prime d’un montant initial de 400 euros annuels résorbait une « inégalité » avec les enseignants du secondaire, qui touchent depuis 1989 une prime d’orientation de 1 200 euros.

Cette indemnité fait véritablement figure d’OVNI rapportée au traitement du reste de la fonction publique. À la veille des élections présidentielles, le PS tente ainsi de se remettre dans la poche une fraction de son électorat traditionnel. Au-delà, cette prime a surtout constituée une monnaie d’échange au soutien sans faille du principal syndicat du primaire, le SNUipp-FSU à la politique éducative et sociale du gouvernement.

La perte de pouvoir d’achat cumulée depuis 2000 pour un PE en milieu de carrière est estimée à 2 316 euros annuels. Pas de quoi partir à Panama... D’autant que sur les deux autres volets des négociations salaires, le PS a réalisé le tour de force de maintenir le gel du point d’indice presque jusqu’à la fin du mandat et de s’aliéner le soutien du SNUipp et de la FSU (avec l’Unsa et la CFDT) au processus de négociation PPCR. Derrière l’écran de fumée du saupoudrage de point d’indices, ce PPCR prévoit surtout des mesures dramatiques en terme de « management » et de déroulement de carrières qui sont actuellement en cours de « négociation ».

La « refondation » : quelques postes et un bulldozer contre le service public

Élément phare de la campagne de Hollande, la « refondation » de l’école prolonge dans le primaire et au collège les politiques de démantèlement infligées par la droite à l’université (LRU) et aux lycées (réforme Chatel).

Si le PS a stoppé l’hémorragie de postes de Sarkozy, on est bien loin des 60 000 postes annoncés, et l’effet sur le terrain se limite essentiellement au rétablissement de la formation initiale. Le nombre d’élèves par classe ne baisse pas, de nombreux postes n’ont pas été pourvus, et les dispositifs provisoires saupoudrés tous azimuts se terminent à la fin du mandat.

Au contraire, les réformes des rythmes et du collège ont été menées à terme. Alors que la réforme des rythmes, qui lançait le processus de « refondation », comportait le risque d’une mobilisation explosive des enseignantEs et des parents, le SNUipp a joué un rôle décisif : campagne de soutien à la réforme, refus de rejoindre l’intersyndicale unitaire, appel à une journée de grève séparée sur des mots d’ordre démobilisateurs pour briser la mobilisation montante... Le syndicat majoritaire a ensuite soutenu toutes les mesures visant à préparer le rattachement des écoles aux collèges : réforme des ZEP, cycle 3 CM2/6e, conseil école collège... Tout en laissant le secondaire se battre seul sur la réforme des collèges. Au final, toutes les conditions sont réunies pour dérouler par la suite un collège et une école à deux vitesses, avec des PE à 25 heures élèves par semaine (contre 18 heures pour les certifiés enseignant au collège), des collectivités territoriales aux manettes, et des établissements publics régis par la loi du budget global.

S’il n’est pas évident que le SNUipp et le gouvernement tirent électoralement profit de ce tour de passe-passe, il est certains que les enseignantEs et les élèves n’ont pas fini de payer le prix des concessions exorbitantes qui ont accompagné ce « traitement de faveur » pour les enseignantEs du premier degré.

Correspondant

 

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