Éducation nationale : Macron du pognon, Blanquer démission !

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron il y a maintenant presque deux ans, pas un secteur professionnel n’est épargné par des réformes de fond visant à réorganiser la production tant manuelle qu’intellectuelle. Dans les fonctions publiques, la poursuite de la suppression massive de postes et ses conséquences sur les conditions de travail des agents a pour corollaire une dégradation vertigineuse du service rendu aux usagers, de l’hôpital à l’école en passant par les Finances publiques. Et dans certains secteurs, on se mobilise de plus en plus. Exemple avec l’enseignement. 

Le 19 mars était la troisième journée de grève interprofessionnelle. Cette fois-ci, ce sont les enseignantEs qui ont exprimé massivement, et un peu à la surprise générale, leur inquiétude et surtout leur colère face à la politique du gouvernement.

Contre la destruction du service public d’éducation

Il faut dire que depuis sa nomination, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer ne ménage pas sa peine pour détruire brique par brique le service public d’éducation.

La réforme des lycées, mais aussi celle de la voie professionnelle, annonçaient la couleur : orientation de plus en plus précoce, l’apprentissage comme modèle et les mains tendues aux entreprises pour « faire leur marché » directement dans les établissements, le grignotage des matières générales en lycée professionnel et l’amenuisement, selon le quartier dans lequel on étudie, des matières proposées en lycée général et, cerise sur le gâteau, la mise en place de l’évaluation permanente dans le cadre de la réforme du bac, avec un diplôme dont le cadre national est cassé au profit d’un bac maison dont la valeur sera largement conditionnée par la situation géographique du lycée qui le délivre… Et ParcourSup est venu clore cette fuite en avant vers l’école de la sélection. 

Les annonces autour du drapeau tricolore dans toutes les classes ont commencé à agiter les esprits : ça ne leur suffirait donc pas de supprimer les postes, de faire disparaître les réseaux d’aide, de ne remplacer qu’au compte-gouttes les absentEs, de faire s’effilocher toutes les structures d’aide aux familles, il faudrait en plus que l’on enseigne sous les oripeaux de la République pour témoigner de notre allégeance à la fonction !

Contre l’école à la Blanquer, les enseignantEs déter !

L’annonce publique du contenu de la réforme autour du projet « L’école de la confiance » a commencé à faire grincer des dents. 

Et ce sont la restriction du droit à l’expression publique des enseignantEs, le regroupement des écoles autour d’un collège et la disparition des directions d’école au profit d’adjoint des principaux de collèges qui auront eu raison de ce que l’on peut bien appeler l’abnégation des professeurEs des écoles.

Pourtant, dans les articles de la loi, bien d’autres mesures sont presque plus lourdes de conséquences : l’obligation de scolarisation dès trois ans par exemple. Elle est un véritable trompe-l’oeil puisque déjà 98 % des enfants de trois ans sont scolarisés. Mais elle est avant tout une prodigieuse manne financière pour les écoles maternelles privées sous contrat qui devront être désormais financées par les municipalités. Le SNUipp-FSU des Bouches-du-Rhône estime que ce sont 150 millions d’euros qui échapperaient ainsi au public !

Réussite du 19 mars

Les cortèges « éducation » du 19 mars étaient particulièrement denses, que ce soit ceux des syndicats ou bien ceux auto-­organisés autour des Stylos rouges, des collectifs Blanquer ou de Touche pas à ma Zep.

Pour la première fois depuis des années, les assemblées générales ont rassemblé beaucoup de collègues et les taux de grève allaient jusqu’à 80 % par endroit dans le premier degré, avec 40 % au niveau national d’après les syndicats.

Nombre d’AG ont décidé de poser dans le décor une nouvelle journée de grève cette semaine avec à la clé des discussions sur la reconduction : à Nantes, d’où la contestation est partie, à Lyon, Marseille, Toulouse, au Havre, en Île-de-France, à Clermont-Ferrand, dans les Deux-Sèvres.

Pourtant l’intersyndicale a fait le choix d’attendre 15 jours pour une nouvelle date de grève de l’éducation, le jeudi 4 avril, deux jours avant le départ en vacances de la première zone. Cette date s’est évidemment immédiatement mise en opposition avec le choix des AG les plus combatives. Mais cependant, cela indique clairement que le frémissement initié par les AG massives de Nantes est contagieux et qu’une montée en puissance d’une mobilisation pour l’école est possible.

De nombreuses AG avaient appelé à la grève le 28 mars et, à Paris, à une manifestation en direction du ministère et une AG Île-de-France le soir-même. Le samedi 30 sera l’occasion de rallier les parents à la contestation durant la journée nationale de manifestations. C’est avec ce potentiel que nous devrons envisager la grève nationale du 4 avril et ses suites, avec un mot d’ordre prioritaire : retrait de toutes les réformes Blanquer ! Nous avons la possibilité d’un plan d’action pour gagner et pas pour témoigner, c’est le moment d’y aller pour terrasser Blanquer et son école de la misère !

Denise Sarraute

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