Blanquer ou le mirage de la reprise

Alors que nous sommes dans la troisième semaine de la réouverture des écoles et des collèges, le matraquage médiatique bat son plein pour affirmer, à l’unisson du ministre, que tout se passerait très bien, qu’élèves et enseignantEs seraient même ravis de se retrouver.

Peu importe ce qui se passe réellement sur le terrain, l’essentiel c’est de communiquer autour d’une prétendue « réussite » de la réouverture des écoles. Peu importe, donc, que seule une minorité d’élèves soit effectivement de retour. Et notamment pas celles et ceux des milieux les plus défavorisés, où le manque d’accès aux soins y génère les angoisses les plus fortes.

Peu importent les écoles et collèges qui ont du refermer leurs portes suite à de nouveaux cas de Covid. C’est même, ose affirmer Blanquer, la preuve de la rigueur du protocole sanitaire…

« Une question d’honneur » pour le ministre ?

Et surtout, peu importe le manque d’humanité et de pédagogie de cette réouverture précipitée, avec un protocole sanitaire ultra-strict qui masque le manque de moyens et de tests. Peu importe que, pour de nombreux et nombreuses pédagogues, on ne puisse pas appeler « écoles » ces lieux que l’on réouvre.

Rien de tout cela ne vient troubler le grand déni du ministre. Il n’a d’yeux que pour les chiffres, du moins ceux qui l’arrangent. Et s’il y avait une seule ombre au tableau, ce serait celle des méchants syndicalistes qui auraient exagérément inquiété les parents d’élèves. Décidément, Blanquer ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît…

Aurait-il fait de la réouverture des écoles « une question d’honneur », comme il l’affirmait il y a quelques semaines ? Ou s’agirait-il plutôt de sauver son avenir politique, après le spectaculaire fiasco de sa gestion de la crise du Covid dans l’Éducation nationale ? Quelle que soit la réponse, une chose est sûre : la santé et les conditions de travail des élèves et des personnels valent mieux que la carrière ou les états d’âme d’un ministre.

Le grand flou du mois de juin

Pour les collèges de la zone rouge, les 4e-3e ou les lycées, qui n’ont pas encore rouvert, on peut craindre que cette propagande médiatique autour d’une reprise réussie préfigure un retour général en présentiel courant juin. La date du 2 juin a été avancée, mais à l’heure où nous écrivons, élèves et personnels sont toujours dans le flou le plus total.

C’est particulièrement le cas pour les élèves de première, qui attendent encore de savoir si l’oral du bac de français sera maintenu. Même si c’est une absurdité d’un point de vue sanitaire, on sait que le ministre en a fait l’un des axes de sa communication, avec sa petite formule « plutôt Phèdre que Netflix » qui en dit long sur sa vision de la culture et de l’éducation.

Toute cette agitation sert en tous cas un objectif : éviter de parler de la rentrée de septembre. Car il faudra alors plus qu’un bon plan com’ ou qu’une liste de bonnes pratiques. Il faudra des moyens, humains et matériels. Des postes de profs, pour pouvoir dédoubler les classes, mais surtout des agentEs d’entretien et des infirmières scolaires, devenus encore plus indispensables aujourd’hui. Et investir pour mettre fin à la situation scandaleuse des sanitaires dans les écoles. Et, bien évidemment, une campagne de tests massifs, systématiques et régulièrement renouvelés. À ces conditions seulement pourra-t-on alors peut-être parler d’une vraie réouverture des écoles.

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