Après le suicide de Christine Renon, le déni de l’institution

Après une semaine d’un silence assourdissant autour du suicide de Christine Renon, l’Éducation Nationale a donc décidé de changer de stratégie de communication. Jeudi 3 octobre, en effet, le recteur de l’académie de Créteil, Daniel Auverlot, envoyait un courrier à touTEs les enseignantEs, pendant que le ministre Blanquer se fendait d’une brève vidéo face caméra, cravate noire de circonstance. Pour, disaient-ils, s’associer à l’émotion et au chagrin.

Le rassemblement de plusieurs milliers de collègues, ce jour-là, à Bobigny, y serait-il pour quelque chose ?

Ce qui est sûr, c’est que les larmes de crocodile de l’institution ne tromperont pas grand-monde. Lors du CHSCT départemental qui se tenait en même temps que le rassemblement, le directeur académique a martelé qu’il n’était « ni sourd ni aveugle », face aux représentantEs des personnels. En fait, deux heures et demi « pour rien », tant la priorité de l’institution semble être de s’abstenir de toute remise en question, et surtout se disculper avant même la conclusion de l’enquête du CHSCT, de toute responsabilité.

Pire, depuis quelques jours, Blanquer entend instrumentaliser le suicide de Christine Renon pour faire passer ses objectifs politiques, à savoir la transformation du statut des directrices et directeurs d’école pour en faire des supérieurEs hiérarchiques. Un fonctionnement plus autoritaire, moins humain, plus brutal, ce n’est certainement pas ce que réclamait notre collègue Christine Renon dans sa dernière lettre !

Lors du CHSCT, c’est d’ailleurs le seul élément de réponse apporté par le directeur académique, alors que les syndicats l’interrogeaient sur les décharges de direction qui devraient être généralisées, la suppression récente des postes d’aides administratifs, les rythmes scolaires particulièrement absurdes à Pantin, la multiplication des taches inutiles… « Ni sourd ni aveugle », dit-il, mais rien de tout cela ne le concerne, et surtout rien de tout cela n’aurait de rapport avec le suicide de Christine Renon.

Ce mépris et ce déni de l’institution sont choquants et doivent être dénoncés

Mais peut-on encore s’en étonner, lorsqu’on entend par ailleurs Macron expliquer qu’il « n’adore pas le mot de pénibilité, car cela fait penser que le travail est pénible »? Oui, le travail est pénible, et le travail tue. Y compris au sein de la fonction publique, dans l’Éducation nationale, dans les Finances publiques, dans les hôpitaux.

Mais le reconnaître obligerait l’État à remettre en question les choix politiques de ces dernières années, aggravés encore par le gouvernement Macron. On ne peut pas prétendre entendre la souffrance au travail de Christine Renon et de touTEs les autres, et dans le même temps supprimer les CHSCT, alourdir encore la charge de travail des enseignantEs, accélérer le rythme des réformes qui leur font perdre le sens de leur métier, éclater leurs collectifs de travail et reculer encore l’âge de la retraite. Rappelons en effet ce fait tragique : sans les différentes réformes des retraites, Christine Renon, 58 ans, aurait pu prendre sa retraite il y a 3 ans…

Seule la mobilisation des personnels qui se sont reconnu-e-s dans les mots qu’a su mettre Christine Renon sur ses conditions de travail, a permis que le ministre, et l’institution, finisse par prononcer son nom. Seule notre mobilisation permettra d’obtenir un changement de politique, d’enrayer la dégradation des conditions de travail dans l’éducation nationale et ailleurs, afin d’éviter de nouveaux suicides.

Raphaël Alberto

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