Apprentissage : encore un cadeau au patronat

Le Medef l’a demandé dans un communiqué le 20 mai, le gouvernement s’exécute : la prime versée aux entreprises de moins de 250 salariéEs pour l’embauche d’un apprenti sera élargie aux grandes entreprises, si elles peuvent justifier d’un taux d’alternants de 5 % d’ici 2021, sous peine de remboursement de ces primes.

Le coût d’unE apprentiE la première année sera donc quasi nul : cette mesure fournit ainsi aux grandes entreprises une main-d’œuvre bon marché, dans la droite ligne de toutes les actions de ce gouvernement.

 

Des contrats appréciés du patronat… et du gouvernement

Une réforme en 2018 avait déjà largement facilité l’embauche d’apprentiEs par les entreprises : pas d’obligation de passage aux prudhommes en cas de rupture du contrat alors que c’était obligatoire auparavant, limite d’âge repoussée de 26 à 30 ans (au lieu de proposer une embauche en CDD à des jeunes déjà qualifiés, cela permet de les embaucher au statut d’apprentiEs), durée possible de travail passée à 39 heures… Pour « compenser » ces mesures régressives, le gouvernement avait proposé de financer une partie du permis de conduire des jeunes alternants. Manière de reconnaître l’insuffisance des salaires ?
Le gouvernement s’est alors récemment félicité de la hausse du nombre de CFA (plus de 200 ont été créés en deux ans), et du record « historique » d’apprentiEs : 368 000 contrats signés en 2019, notamment dans le BTP et l’industrie.

Payés largement en-dessous du SMIC, selon une grille dépendant de leur âge, les apprentis constituent une main-d’oeuvre appréciée du patronat pour les salaires au rabais et les aides gouvernementales. Dans les salons de coiffure, c’est monnaie courante d’embaucher des apprentis sans jamais les prendre en CDI par la suite.
Avec les annonces de Pénicaud, on continue sur la même lignée. Sur RTL, elle a déclaré : « On va payer le coût, le salaire de l’apprenti la première année, intégralement […]. On vous demande juste de les former, mais on ne vous demande pas de les payer, alors qu’ils travaillent les jeunes apprentis. » Sauf qu’en élargissant le dispositif aux diplômes supérieurs au niveau bac, et non plus aux seuls diplômes équivalent au bac ou inférieur, le gouvernement ne fait que fournir une main-d’œuvre déjà qualifiée à moindre coût !

 

« Les jeunes ne seront pas la variable d’ajustement de la crise »

Voilà ce qu’elle a aussi tweeté dimanche dernier. Et pour cause pourrait-on dire… car les apprentiEs le sont déjà en temps normal ! Dans les boîtes qui annoncent des suppressions d’emplois, ou des hypocrites plans de sauvegarde de l’emploi, embaucher des apprentiEs permettra tout simplement de remplacer des travailleurEs avec de l’ancienneté, qui pèsent bien plus dans les livres de compte, par des jeunes sous-payéEs.

Dans l’automobile et l’aéronautique, la fédération patronale de l’industrie et de la métallurgie (UIMM) prévoit une baisse de l’ordre de 20 % à 40 % du nombre d’apprentiEs – et s’est donc empressée de demander une aide à l’État. Exactement la même méthode que les entreprises qui utilisent la crise actuelle pour réaliser des restructurations déjà prévues, comme c’est le cas à Renault.  

La situation des apprentiEs, comme celle des milliers de jeunes qui rentrent sur le marché du travail, est partie prenante de la situation de l’ensemble des travailleurEs, et cette précarité donne des raisons de se battre ensemble. C’est sur ces luttes-là qu’il va falloir compter pour empêcher les licenciements, et permettre embauches et hausses de salaires.

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