Un budget pour les riches, et en même temps pour les riches

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Mercredi 27 septembre, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a présenté le projet de budget du gouvernement pour l’exercice 2018. Un budget notamment marqué par des réformes fiscales d’ampleur qui, le ministre l’a juré la main sur le coeur, « bénéficieront à tous les Français sans exception ». Et d’ajouter, la larme à l’oeil : « Nous avons voulu protéger les plus modestes, protéger les plus fragiles ». Aucune doute : Bruno Le Maire est désormais bien placé pour obtenir le prix Nobel de l’indécence. 

Les chiffres parlent en effet d’eux-mêmes, et ce n’est pas le discours pseudo-égalitariste du gouvernement ou la novlangue macronienne (« Ce n’est pas un budget de droite mais un budget efficace », « L’augmentation de la CSG n’est pas une mesure fiscale mais une mesure de compétitivité », etc.) qui y changeront quoi que ce soit : le budget 2018 est un budget conçu pour favoriser les plus riches, qu’il s’agisse des particuliers ou des grandes entreprises.

Toujours plus de cadeaux fiscaux pour les riches

Nul besoin d’être un grand économiste pour comprendre que, lorsque le ministre du Budget Gérald Darmanin affirme qu’il y a « une répartition proche de la parité » entre, d’une part, les baisses d’impôts pour les plus riches et les entreprises et, d’autre part, les baisses d’impôts pour les « ménages », il y a un hic. En effet, si les dix milliards de baisse sont répartis à quasi-égalité entre les plus riches et les plus modestes, cela ne signifie aucunement que ces deux groupes en tireront les mêmes bénéfices. Comme le souligne Romaric Godin sur Mediapart, « ces deux parts ne sont pas égales : l’une est constituée d’une faible minorité de bénéficiaires, l’autre de la masse des Français. Si l’enveloppe est la même pour ces deux publics, l’effet sur les inégalités est donc fortement élevé. »

Dès le 25 septembre, l’ONG Oxfam publiait ainsi un rapport dans lequel, en se basant notamment sur des chiffres de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), peu suspecte de gauchisme, elle avançait qu’avec les réformes fiscales du gouvernement Macron-Philippe, les 10% de ménages les plus riches bénéficieraient d’une hausse de revenus au moins 18 fois supérieure à celle des 10% les plus pauvres. Des chiffres en partie fondés sur des hypothèses, mais qui illustrent la logique d’ensemble de la politique fiscale d’un gouvernement qui prétend favoriser « en même temps » les plus riches et les plus modestes alors que sa politique ne fait que creuser les inégalités. Pour citer de nouveau Romaric Godin, « le projet de budget 2018 fait le choix clair de réduire l'aspect redistributif de l'impôt et de favoriser les plus riches des Français ».

Privilégiés parmi les privilégiés, les 1% les plus riches pourront économiser 3,6 milliards d’euros grâce à la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI). 3,6 milliards d’euros, c’est très exactement le montant, en 2017, du « déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale », dont on nous rabâche les oreilles à longueur de journée. Les grandes entreprises ne sont pas en reste : alors que les groupes du CAC 40 ont dégagé, au premier semestre 2017, des bénéfices record (plus de 52 milliards d’euros), Oxfam indique que « la baisse du taux d’imposition sur les sociétés de 33,3 % à 25 % devrait coûter entre 15 et 17 milliards d’euros par an à l’État français dans un contexte où les recettes de l’impôt sur les sociétés ont déjà baissé de 20 milliards d’euros ces dix dernières années ».

Les classes populaires pénalisées par les « économies budgétaires »

Derrière l’écran de fumée du discours égalitariste se trouve donc une politique délibérément destinée à favoriser les plus riches, avec des inégalités non seulement dans la répartition des baisses d’impôts, mais aussi du point de vue du calendrier, comme l’a relevé Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’OFCE, peu suspecte de gauchisme : « On constate que la fiscalité du patrimoine et du capital est très clairement réduite, et ce dès le 1er janvier 2018. En revanche, les mesures destinées à favoriser le pouvoir d'achat des classes moyennes ou des catégories plus défavorisées sont étalées sur l'ensemble du quinquennat. » En résumé : les riches encaissent tout de suite, les classes populaires attendront. 

Elles attendront… sauf en ce qui concerne les mesures qui les ciblent délibérément au nom des « économies nécessaires ». Baisse des APL, réduction drastique du nombre des emplois aidés sans qu’ils soient remplacés par des emplois stables, hausse de la CSG sans compensation pour les retraitéEs… autant de mesures qui touchent directement, et dès maintenant, les plus modestes, retirant tout crédit à la communication gouvernementale. Ainsi, d’après Oxfam, « en tenant compte des baisses annoncées de prestations sociales, le contraste est encore plus saisissant puisque les 10% les plus riches verraient leurs revenus annuels augmenter de 1193 euros contre une baisse de 337 euros pour les 10% les plus pauvres ». Nous voilà bien loin du « tout le monde en sort gagnant » brandi par le gouvernement. 

Si l’on y ajoute la baisse programmée des dépenses publiques et l’austérité imposée aux collectivités locales qui vont contribuer, au côté des nouvelles libéralisations et privatisations annoncées, à dégrader la qualité des services publics, il n’y a définitivement rien de bon, pour les classes populaires, dans ce budget. Et il n’y a, plus généralement, rien de bon pour nous dans la politique de Macron et dans son projet de transformer la France en « start-up nation ». Pour Oxfam, « alors que le nombre de personnes en situation de pauvreté a augmenté de près d’un million ces dix dernières années, autant de cadeaux fiscaux à destination d’une minorité aisée est incompréhensible. » À moins de prendre la politique du gouvernement pour ce qu’elle est : une politique de classe, brutale et à peine masquée.

 Julien Salingue