Macron à Davos : Vérité en anglais, mensonges en français

Pour connaître la vérité de Macron il faut écouter la version anglaise de son discours à Davos. C’est là qu’il se révèle, et non dans le blabla pour une mondialisation qui ne profiterait pas qu’aux plus riches.

Emmanuel Macron souffrirait-il de dédoublement de la personnalité ? À la conférence de Davos, grand raout des puissants du monde, grands patrons et dirigeants des États, Macron a fait un discours en deux parties. En anglais, il s’est exclamé « France is back ! » (« la France est de retour »). Et il a fait la promotion de ses réformes : destruction du code du travail, baisse de l’impôt sur les sociétés, diminution de l’impôt sur le capital (avec la réforme de l’impôt sur la fortune et la mise en place de l’impôt forfaitaire). En français, par contre, il a plaidé pour changer la mondialisation, fustigé les 1 % les plus riches et les entreprises qui exagèrent en matière d’optimisation fiscale. Il a aussi affirmé que les États devaient « arrêter de détricoter le droit social ». Même le Monde, en général favorable à Macron, a noté que c’était quelque peu en décalage avec ce qu’il avait dit au début de son intervention.

Les affreux à Versailles

En fait, c’est en anglais que Macron a dit la vérité à Davos. Son discours là-bas se situe dans la droite ligne de ce qui avait été présenté deux jours plus tôt à 140 grands patrons de multinationales (dont Google, Samsung, Goldman Sachs, la BNP, Axa, Facebook, Coca-cola, Danone…) réunis au château de Versailles. Une petite fête qui aura coûté la bagatelle de 600 000 ­euros ! Parmi les participants, on pouvait noter une belle brochette de personnes aussi « honorables » que des mafieux comme Lloyd Blankfein, patron de la banque Goldman Sachs (à qui ses spéculations au moment de la crise des « subprimes » ont rapporté des milliards), Brian Moynihan, qui dirige la Bank of America et a multiplié par quatre son salaire (et dont la banque a dû payer une amende de 17 milliards de dollars pour solder ses responsabilités dans l’affaire des « subprimes »), ou encore Jamie Dimon, le patron de la banque JP Morgan, qui a payé 23 milliards de dollars d’amende en 2013 et a été jugée en France pour fraude fiscale. À Versailles étaient aussi présents des dirigeants d’entreprises connues pour leur forte tendance à pratiquer l’évasion fiscale : Facebook, Google, Axa… 

Ils aiment Macron

Dans le beau monde international, tout le monde aime Macron. Il est de leur monde, se plie à tous leurs codes, il a l’air moins imprévisible que Trump, il a le pouvoir de les inviter à dîner dans des cadres fastueux et, surtout, proclame sans honte que la France est l’endroit idéal pour faire des profits. Le « France is back » annonce la poursuite d’une offensive méthodique contre les acquis sociaux. La politique de Macron est cohérente, il a une majorité parlementaire, et son énergie contraste avec les divisions, les compromissions ou les proclamations souvent sans conséquence des dirigeants politiques et syndicaux. Pour faire bouger le curseur, il faudra que « ceux d’en bas » se remobilisent ensemble, au-delà des nécessaires, mais malheureusement insuffisantes, luttes locales ou sectorielles.

Henri Wilno

 

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