Les bourses dégringolent... Aux capitalistes de payer leur crise !

Les bourses se cassent la figure, la croissance est incertaine, les politiques économiques ne donnent pas les résultats annoncés. Mais une chose est certaine : ceux qui nous dirigent ont l’intention de continuer à nous faire payer leur crise.

Depuis 4 ans, les bourses mondiales ont connu une progression sans rapport avec les réalités de l’économie. Le CAC 40 (qui représente l’évolution moyenne des cours des actions des 40 plus importantes entreprises françaises) a augmenté de 80 % entre septembre 2011 et août 2015. L’indice correspondant à Wall Street a, lui, grimpé de 64 % sur la même période.  Pendant ce temps-là les économies capitalistes les plus riches croissaient à un rythme moyen de l’ordre de 1,5 % par an : plus de 2 % aux USA et au Royaume-Uni. Moins de 1,5 % dans la zone euro et au Japon.

Qu’il y a-t-il donc derrière cette bonne santé de la finance ? Les politiques d’argent facile menées par les banques centrales : inquiètes de la faiblesse de la croissance, elles rachètent aux banques les titres qu’elles détiennent et maintiennent des taux d’intérêt extrêmement bas. Mais, contrairement à leurs espérances, cette manne ne s’est pas répercutée sur les investissements des entreprises et la consommation.

La Chine ouvre le bal

En Chine, l’indice CSI 300 des bourses de Shenzen et Pékin a progressé de 150 % entre juillet 2014 et le début du mois de juin 2015. Il s’est retourné l’été dernier : la chute a été spectaculaire, mais n’a pas effacé l’intégralité des gains antérieurs grâce aux méthodes musclées employées par le gouvernement pour peser sur les cours. Dans la foulée, des inquiétudes se sont manifestées  sur l’état réel de l’économie de ce géant, et les répercussions du ralentissement ont commencé à se faire sentir dans les pays qui exportent le plus vers lui (en particulier les fournisseurs de matières premières).

Aux États-Unis, en Europe ou au Japon, les bourses ont commencé à baisser à partir de la fin 2015. L’euphorie des boursiers s’est transformée en morosité. Outre la Chine, ont joué en ce sens les prévisions économiques mitigées des organismes internationaux. En 2015, l’Europe a par exemple bénéficié en 2015 d’une conjonction de facteurs favorables : bas taux d’intérêt, prix du pétrole en chute libre, dollar relativement élevé par rapport à l’euro, tout cela aurait dû entraîner une poussée de la croissance… et ce ne fut pas vraiment le cas. La France est ainsi restée à 1,1 % de progression du PIB et la zone euro à 1,5 % (après 0,9 % en 2014). Le journal économique les Échos commente ainsi ces chiffres : « Ces résultats jugés médiocres pourraient bientôt apparaître comme un âge d’or si la crise financière venait à s’amplifier .»

Vers la crise financière ?

C’est bien là la question. Le recul des bourses touche en premier lieu les actions des banques : la santé de nombreuses banques dépend de celle de leurs clients. Ainsi, si la baisse du pétrole se maintenait, les banques liées au secteur pétrolier pourraient y laisser des plumes. Si une banque importante se trouvait vraiment en difficulté, ce pourrait être l’élément déclenchant de la crise, même si les gouvernements, qui n’ont quasiment rien fait depuis 2007 pour contrôler les activités des banques, se mobiliseraient pour éviter la faillite d’une banque importante. L’incapacité d’un pays à assurer le service de sa dette pourrait aussi tendre la situation.
Quoi qu’il en soit, les politiques suivies par les États capitalistes depuis 2007 n’ont rien résolu. Et, au contraire, aggravent les difficultés : la politique monétaire laxiste alimente la bulle spéculative, les politiques d’austérité compriment la demande… Les politiques de démantèlement des codes du travail précarisent les salariés tandis que le chômage de masse ronge de nombreux pays. Partout systèmes de santé, écoles, services publics de proximité sont mis en cause. Mais ces politiques sont le seul horizon des gouvernements de droite comme de gauche au service du patronat et de la restauration des profits.

Être aussi déterminés qu’eux !

Ce lundi 15 février, Valls a fait semblant de s’énerver car les patrons ne tiendrait pas leurs engagements en contrepartie des 41 milliards d’euros du Pacte de responsabilité. En fait, le patronat refuse tout engagement : sur les 50 principales branches professionnelles, 16 seulement ont signé des accords dont 3 seulement prévoient des créations nettes d’emplois. Gageons que les déclarations de Valls n’auront aucune incidence : les patrons auront leurs 41 milliards.
Seul un mouvement d’ensemble qui fédérerait tous les foyers de mécontentement, les luttes éparses, pourrait inverser la vapeur. à nous de faire preuve, collectivement, de la même détermination que ceux qui, depuis des années, s’acharnent à nous faire payer la crise.

Henri Wilno

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.