Finance : la nef des fous

Le 16 juin dernier, le quotidien économique les Échos publiait un long article qui commençait ainsi : « Le monde n’a pas connu de crise financière depuis cinq ans. Inutile d’espérer pour autant que nous ayons appris de nos erreurs. Les crises financières viennent de notre refus d’envisager des risques pourtant bien réels. » Et si on regarde l’actualité récente, il y a bien matière à s’inquiéter : partout, la finance est à l’offensive pour détruire les insuffisantes réglementations mises en œuvre après l’effondrement de 2008-2009.

Aux États-Unis, Trump avait annoncé la couleur dès son investiture, et la Réserve fédérale se rallie aujourd’hui à cette position : les tests de solidité des banques pourraient être simplifiés et espacés. En Europe, la même tendance se manifeste (à un degré moindre pour l’instant) : ainsi, la taxe sur les transactions financières (« taxe Tobin »), déjà bien limitée, a été mise au frigo au dernier sommet européen le 23 juin par Emmanuel Macron au prétexte des négociations du « Brexit ».

Dans leur souci de complaire à la finance et sous le prétexte fallacieux d’aider à la croissance, les dirigeants politiques laissent se développer des germes d’instabilité financière alors que le système bancaire reste plein de zones de fragilité, comme viennent de le démontrer les sauvetages en catastrophe d’une banque espagnole et de deux banques italiennes. Dans le cas italien, la facture pour le contribuable sera salée (jusqu’à 17 milliards d’euros). À quand la prochaine crise économique ? Si les crises économiques se déclenchent d’abord dans la finance, leurs racines se trouvent dans les déséquilibres de l’économie productive, dans l’évolution du taux de profit.

Comme l’a souligné Marx, la spéculation n’est pas la cause profonde des crises mais une manifestation du désordre économique capitaliste au même titre que la fièvre est le symptôme d’une maladie et non sa cause. Néanmoins, laisser libre jeu à la finance, c’est jouer avec le feu, mais il est vrai qu’en la matière, ce sont « ceux d’en bas » qui paieront les turpitudes des dirigeants et des banquiers. Du moins, tant que la révolte n’aura pas atteint un degré suffisant.

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