En finir avec un monde malade du capitalisme

La victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine a déclenché une tempête médiatique
laissant penser que nous étions en présence d’un cataclysme politique. Évidemment, l’élection à la tête du plus puissant pays de la planète d’un milliardaire bonimenteur, raciste, sexiste, homophobe, n’est ni un événement négligeable ni une bonne nouvelle...

 

Sa victoire a été acquise grâce à 25,80 % du corps électoral (59 millions de voix sur 231 millions d’électeurs potentiels). Ainsi, le premier constat, au-delà des déplacements de voix relativement marginaux, ce qui est incontestable au plan électoral, c’est la perte de près de 7 millions de voix par le Parti démocrate, contre moins de 2 millions pour le Parti républicain, avec une abstention moyenne de près de 50 %, certainement beaucoup plus forte dans les couches populaires.
Ceci illustre un double phénomène : d’une part, un creusement du fossé entre les classes populaires et l’ensemble de la représentation politique accentué par la déception des espoirs placés dans les Démocrates ; d’autre part un « glissement à droite » de diverses couches de la société issues de fractions de la classe ouvrière et d’une grande partie d’une classe « moyenne » aux contours toujours difficiles à cerner. Avec, comme catalyseur, des colères détournées vers le racisme.


Mêmes causes, mêmes effets...
Ce double phénomène se retrouve dans une grande partie des pays d’Europe, de l’Ouest comme de l’Est, au premier rang desquels la France. La racine se situe dans l’absolue nécessité de tenter de régler les contradictions insurmontables du système en les faisant payer aux travailleurEs, aux populations.
Dans ces pays « démocratiques », des partis réactionnaires, des démagogues nationalistes, racistes, sexistes, progressent. Les répressions violentes, appuyées sur l’instrumentalisation du terrorisme, s’imposent de par le monde. Les racismes et les nationalismes extrêmes alimentent les manifestations contre les étrangerEs et les migrantEs. à chaque région du monde sa forme spécifique, du néo-conservatisme étatsunien aux extrêmes droites européennes, l’extrémisme djihadiste, les gouvernements autoritaires et réactionnaires de Turquie ou des Philippines, les monarchies pétrolières...


Fausses solutions
La démagogie, le nationalisme partout à l’œuvre, peuvent apparaître momentanément contradictoires avec les intérêts économiques des empires industriels et financiers qui dominent la planète. Mais entre gens du même monde, leurs intérêts « supérieurs » seront préservés. Après les dénonciations vertueuses de Trump par un certain nombre de responsables patronaux et la crise annoncée des marchés boursiers, Wall Street a battu de nouveaux records
48 heures plus tard, avec une hausse de l’indice Dow Jones, de 1,17 %, cela après pourtant la victoire qualifiée d’ «inquiétante »... Et Clinton et Obama d’appeler à l’unité du pays.
Aucun mur n’arrêtera les mouvements migratoires engendrés par les guerres, la détresse économique, les catastrophes climatiques. Aucune barrière douanière ne fera reculer durablement une mondialisation économique et industrielle qui met en concurrence les travailleurEs du monde entier, même si la posture de défense du capital « national » peut à cette occasion renouveler les arguments pour exiger toujours plus de sacrifices aux travailleurEs...


Pour que de ce « clair-obscur » ne jaillissent pas que des monstres
Cette droitisation de l’expression politique qui s’étend à l’ensemble de la planète ne rend pas compte d’une situation complexe. Son ampleur est en grande partie due à l’extrême faiblesse des expressions politiques du monde du travail, des peuples. Les braises des révolutions arabes d’il y a à peine cinq ans peinent à maintenir les espoirs suscités. Ici, la récente mobilisation contre la loi travail n’a pas permis de faire retirer la loi.
Mais, les peuples résistent : ici, aux lois anti-avortement ; là, aux politiques qui mettent en cause l’accueil des migrantEs ; ailleurs, contre la hogra ou la corruption d’une présidente ; dans de multiples pays contre les délirants projets gravement inutiles et écologiquement destructeurs. Jusqu’au cœur des États-Unis mêmes où l’élection de Trump suscite des manifestations répétées.
C’est à la fois une course de vitesse et une course de fond qui est engagée contre une hégémonisation à droite de la planète. Une course de vitesse qui permette, dans l’unité, de construire, de consolider les résistances. Une course de fond qui permette de reconstruire, de refonder, un mouvement social, un mouvement de classe capable de combattre, de gagner, face à la résistible montée réactionnaire.

Robert Pelletier

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