Darmanin fait la manche et les actionnaires rigolent

Henri Wilno

Henri Wilno est membre du groupe de travail économique du NPA et du comité de rédaction de L’Anticapitaliste.

Darmanin (ministre de l’Action et des Comptes publics) a eu une riche idée : lancer un appel à la « solidarité nationale » pour financer un fonds d’indemnisation de 2 milliards d’euros à destination des « travailleurs indépendants », c’est-à-dire en fait les plus petites entreprises mises en péril par la crise. Cet appel serait plus adressé aux entreprises qu’aux particuliers. Qu’il faille aider les toutes petites entreprises est une chose, autre chose est de recourir à une espèce de téléthon.
Ce gouvernement n’a eu de cesse de baisser les impôts des grandes entreprises et des plus riches : démantèlement de l’impôt sur la fortune, baisse de l’imposition des revenus du capital (avec la mise en place du PFU, prélèvement fiscal unique), baisse de l’impôt sur les sociétés. De nouvelles baisses d’impôts sont d’ailleurs prévues d’ici à la fin du quinquennat, notamment la diminution du taux d’impôt sur les sociétés et la suppression complète de la taxe d’habitation en 2022. « À ce stade, les baisses d’impôts ne sont pas remises en cause », dit-on à Bercy.

Quant aux actionnaires, les dividendes 2019 des grandes sociétés cotées devaient atteindre presque 55 milliards d’euros, leur montant le plus élevé de l’histoire. Au départ, le gouvernement n’y voyait aucun problème même si les entreprises qui les distribuent allaient bénéficier du plan d’aide gouvernemental : aucune condition n’était prévue pour accéder à ce pactole. Puis le pouvoir s’est rendu compte que ça pouvait créer un problème. Le gouvernement a donc demandé aux entreprises demandant à bénéficier du plan d’aide de ne pas verser de dividendes, et à celles mettant leurs salariés en chômage partiel (aux frais de l’État et de l’Unedic) de faire preuve de « modération » dans leurs versements.

Où ira l’argent non distribué ? Eh bien, au moins une partie sera mise en réserve et, précise le quotidien économique les Échos, ces « réserves » pourront toujours être versées plus tard aux actionnaires !

À titre d’illustration, ces 55 milliards permettraient à l’État de payer plusieurs mois de chômage partiel dont le coût est évalué par l’Unedic à environ 2,5 milliards d’euros par semaine, ce qui ferait 10 milliards par mois. Il existe une autre estimation à 13 milliards par mois. Et même si l’indemnisation des salariés était plus généreuse et si plus de salariéEs étaient concernés, de l’argent il y en a si on est prêt à aller le chercher là où il est !

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