Carlos Ghosn : il pleut des révélations !

Cela fait plusieurs semaines maintenant que Carlos Ghosn, le PDG de l'alliance Renault- Nissan-Mitsubishi est incarcéré au Japon. L'annonce de son arrestation s'est heurtée de plein fouet au démarrage du mouvement des Gilets jaunes. Ce patron indécemment  bien payé, expert en licenciements en France et au Japon, venait d'être pris en flagrant délit de dissimulation de quelque 35 millions d'euros au fisc japonais. Et ce n'était qu'un début : ces fraudes fiscales, déjà choquantes de la part de quelqu'un qui touchait 45 000 euros par jour (!), ne seraient que la partie immergée de l'iceberg. Il y aurait aussi un massif détournement de fonds sociaux. Ghosn avait en effet l'habitude de considérer la caisse de Nissan comme la sienne : des millions d'euros se seraient ainsi évaporés, des logements ont été achetés un peu partout dans le monde, son mariage royal au Grand Trianon de Versailles payé sur les deniers de la compagnie, ainsi que des pertes financières personnelles, sans parler des emplois probablement fictifs accordés notamment à sa sœur dans la société. Il aurait également touché 7 millions d'euros de prime en une année, pour avoir assisté à une seule réunion d'une nouvelle structure Nissan-Mitsubishi aux Pays-Bas. Enfin, dernière nouvelle en date en ce début d'année : il n'est plus résident fiscal français depuis 2012, mais hollandais. Juste pour ne pas payer l'ISF, semble-t-il. N'en jetez plus, la coupe déborde !

Patron-voyou ou patron ordinaire ?

Cet épisode confirme l'avidité sans limite des super-riches, qui se gavent et n'en ont jamais assez. Tous montent des combines pour échapper à l'impôt car, dans leur monde, il n'y a pas de raison qu'eux paient pour la collectivité. Ils sont les sauveurs et bienfaiteurs de l'humanité, et ce sont aux peuples de leur être reconnaissants. La notion d'abus de biens sociaux leur échappe totalement. Comme l'indique la sociologue Monique Pinçon-Charlot : « Il n’y a rien de surprenant là-dedans, ce type de comportement de prédation est l’ordinaire de l’oligarchie ». Et elle ajoute : « Cette sorte de scandale survient toujours de l’intérieur. C’est la même chose en France : les riches n’arrivent jamais devant un tribunal suite à une traque menée par les services de Bercy, mais à l’issue d’un conflit familial ou à cause d’un lanceur d’alerte ».

Et c'est logique : les services de Bercy sont là pour chercher comment prendre dans la poche des plus petits pour donner aux plus riches. Macron est un orfèvre en la matière : suppression de l'ISF financée par des coups de rabot sur les APL et autres aides, par exemple. Ses deux premiers budgets ont fait des ultra-riches les grands gagnants de la fiscalité. Les 1% des plus riches, selon l'Institut des politiques publiques, ont gagné près de 6% de pouvoir d'achat, alors que les 22% de ménages les plus modestes ont perdu jusqu'à 1%. Et toutes les déclarations sur le fait de redonner du pouvoir d'achat à la population se heurtent aux chiffres, qui, eux, sont têtus : le revenu d'un salarié payé au SMIC augmentera de 32 euros par mois avec le budget 2018-2019, alors que les 0,1% des plus riches gagneront 86 000 euros en moyenne !

Pour alimenter les super-profits des entreprises Renault-Nissan, et les super-revenus de leur PDG, des milliers de licenciements ont été effectués, diminuant les effectifs de Renault de 37% en seulement dix ans, ainsi qu'un recours massif aux intérimaires, un quasi gel des salaires, et des augmentations de cadences.

On ne peut s'empêcher de penser que le Japon a une tout autre attitude envers ses riches fraudeurs : en France, si la même politique était appliquée, il y en aurait beaucoup qui à l'heure actuelle, dormiraient ou auraient dormi en prison, tel Serge Dassault, qui a fraudé sur des dizaines de millions d'euros, et a terminé sa vie comme sénateur. Ou un Balkany dont on ne compte plus les casseroles, mais qui n'a encore jamais mis un pied dans une cellule. Nissan et Mitsubishi ont dégagé rapidement Ghosn de ses fonctions. Chez Renault, rien n’a encore bougé... Et en France, l'effroi des commentateurs est palpable lorsqu'ils décrivent les terribles conditions de détention du PDG, tout surpris qu'il n'y ait pas là-bas, comme en France, des cellules pour VIP !

Régine Vinon

 

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