Strasbourg : procès des militants anti-GCO

Les 24 et 26 juin, le tribunal de grande instance de Strasbourg a examiné 2 affaires relatives aux actions menées contre le Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO, voir nos précédents articles sur le sujet). Les militantEs NPA actifs dans l’opposition à ce projet étaient présents aux audiences. 

Dans la première affaire, il était reproché à un journaliste indépendant d’avoir filmé et retransmis en direct sur Facebook trois actions de blocage du chantier par des militantEs anti-GCO au cours desquelles la maréchaussée aurait été victime de propos injurieux que nous ne reproduirons pas pour que l’Anticapitaliste ne soit pas à son tour inquiété ! Le débat juridique a fait référence à la loi sur la presse de 1881, à la jurisprudence qui en découle et qui encadre strictement par exemple le dépôt de plainte. Celui-ci doit être fait par le ministre de l’Intérieur, or c’est la gendarmerie de Strasbourg qui avait saisi la justice. Autre élément invoqué par la défense : indépendamment de l’analyse sémantique des mots reprochés, comment peut-on couper, dans un reportage en direct, des propos tenus par des manifestantEs ? Pourquoi le journaliste a-t-il dû attendre d’être convoqué un mois après les faits pour retirer les films incriminés ? Le jugement sera rendu le 20 août. 

Décrocheurs relaxés

Dans la seconde affaire, il était reproché à 3 militants anti-GCO un vol en réunion et, pour l’un d’entre eux, un refus de prélèvement ADN. L’objet du délit : avoir décroché, le 5 mars, le portrait de Macron, avec une quarantaine de militantEs, dans la mairie de Kolbsheim, haut lieu de la lutte où est implantée la ZAD, avec l’accord du maire connu pour son opposition au projet. Le portait a été promené jusqu’au chantier avant de retrouver sa place sans avoir été dégradé. Les prévenus ont agi en tant que lanceurs d’alerte climatique et par désobéissance civile, dans le cadre de la charte de l’environnement de 2004 qui fixe comme principe le droit de chacun de vivre dans un environnement sain. Décrocher Macron, c’était montrer que malgré ses discours en tant que sauveur de la planète, il laisse des multinationales réaliser des projets inutiles écocides qui ne tiennent pas compte de l’avis de la population.

Le tribunal a rendu sa décision immédiatement : relaxe pour les 3 décrocheurs ; celui qui a refusé le prélèvement d’ADN a été reconnu coupable mais dispensé de peine. 

Si cette relaxe a été chaleureusement applaudie par les nombreux militantEs présents, elle ne doit pas occulter le fait qu’elle est intervenue parce qu’il y avait accord du maire. À défaut d’accord, une condamnation aurait certainement été prononcée si l’on se réfère à celle rendue à l’encontre de décrocheurs par le tribunal de Bourg-en-Bresse il y a quelques jours.

Ces affaires confirment la criminalisation des actions militantes non violentes : par exemple, pour les décrochages de portraits, outre le prélèvement ADN, ordre est donné aux autorités locales de saisir la justice dès qu’un portrait est subtilisé, avec saisine du bureau de lutte antiterroriste.

Correspondant 

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