Scandale des œufs contaminés : quand la soif du profit empoisonne

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Ce sont pour l’instant 22 pays de l’Union Européenne et 34 états dans le monde qui ont été touchés par le scandale des œufs infectés par le fipronil, un produit antiparasitaire fabriqué par le groupe allemand BASF, le n° 1 de la chimie mondiale.

Interdit dans les élevages, ce produit peut être dangereux pour les reins, le foie, la thyroïde et est soupçonné d’être également un perturbateur endocrinien. Mais il a l’énorme avantage d’être moins cher et efficace plus longtemps que les produits similaires mais moins dangereux. D’où la tentation des lobbies industriels et de l’agro-business de l’utiliser en douce.

Il faut dire que cette affaire a montré, encore une fois, l’extrême indulgence des agences de contrôle sanitaire vis à vis des industriels de l’alimentation et des champions de l’agriculture productiviste.

Ainsi, en France, l’an dernier, sur 15 milliards d’œufs consommés seuls... 677 ont fait l’objet d’un contrôle. Car depuis maintenant plusieurs décennies les gouvernements successifs réduisent le nombre des fonctionnaires chargés de surveiller les élevages et l’alimentation tout comme ils ont diminué le nombre des inspecteurs et inspectrices du travail. Tout cela pour ne pas freiner parait-il le prétendu «esprit entrepreneurial » de nos capitalistes. Merci pour eux ! 

Mais ce qui est vrai en France l’est aussi dans les autres pays d’Europe. Ce qui fait qu’au cours des dernières décennies les scandales alimentaires - qu’ils soient dus à des fraudes avérées ou simplement à des pratiques douteuses destinées à produire au moindre coût - se sont multipliés.

Rappelons, pour mémoire, en 1981 l’affaire de l’huile de colza frelatée mélangée à du benzène (1 000 morts, 25 000 personnes malades dont 5 000 handicapé-es à vie), en 1986 celle de «la maladie de la vache folle», provoquée par des farines alimentaires auxquelles avaient été incorporées des cadavres d’animaux malades, en 1999 le scandale dit « du poulet à la dioxine» (mélange d’huile alimentaire et d’huile de vidange pour nourrir des volatiles), en 2011 la commercialisation de graines germées tueuses (47 morts en Allemagne, 4 000 malades dans toute l’Europe), en janvier 2013 les lasagnes à la viande de cheval (où était impliquée une entreprise liée à la coopérative basque Lur Berri), en novembre 2013 la découverte de matières fécales dans des tartelettes commercialisées par les cafétérias des magasins IKEA, et, en décembre 2013, un trafic de viande de cheval ayant servi à des expérimentations dans les laboratoires SANOFI pour être ensuite revendue à bas coût pour la consommation humaine.

Si à chaque fois le scénario est différent, les ressorts en sont les mêmes : la soif de profit des grands groupes de l’agro-business et des intermédiaires de la distribution, surtout de la grande, qui les fait produire toujours plus et toujours moins cher au détriment de la qualité et de la santé de la population.

Face à cela les Pouvoirs publics ne font pas grand chose. Dans l’affaire des œufs contaminés ils ont d’abord nié la réalité («la France n’est pas touchée»), avant de minimiser les risques de la contamination pour la santé. Puis, finalement, le Ministère de l’Agriculture a refusé de rappeler les produits incriminés déjà vendus sous prétexte qu’ils étaient contaminés mais pas vraiment dangereux. Pas question d’écorner les profits de la grande distribution !

En fait, tant que les trusts de l’agro-alimentaire (semenciers, producteurs d’engrais, céréaliers, laitiers, volaillers, de la viande etc...) et les grands groupes de la distribution continueront à contrôler la production agricole, on peut être sûr que de nouveaux scandales se produiront tôt ou tard. Car, comme le reste de la société, l’agriculture est avant tout malade du capitalisme. Un parasite que le fipronil ne parviendra malheureusement pas à éliminer.