Plan biodiversité ou plan de diversion ?

Le plan biodiversité de Macron-Hulot est censé faire écho au rapport de l’Observatoire de la biodiversité française (juin 2018) qui parle de « déclin vertigineux » des espèces, note qu’une espèce sur trois est en danger de disparition et constate que « parmi les principales menaces, on trouve en premier lieu l’utilisation de pesticides en agriculture ». Si ce constat, partagé par toute la communauté scientifique, est vrai, il faut s’interroger sur la manière de faire pour enrayer cette crise de biodiversité, donc agir au niveau des enjeux.

Avec 6 axes stratégiques, 90 actions et 28 pages de textes, le plan est à mettre en perspective avec les 174 articles et 64 pages de la loi Biodiversité de 2016. Décidément, les services du ministère de l’Écologie adorent écrire. Deux ans après, on recommence ! Ça interroge sur la pertinence de la loi de 2016. Quelles étaient ses insuffisances pour qu’on sorte aujourd’hui un « plan », sans bien sûr tirer un bilan de la loi en question ? Quelle crédibilité pour un plan annoncé le 18 mai, présenté début juillet, sans préparation réelle, sans bilan de la consultation des citoyenEs, organisée « en catastrophe », sans réel travail d’évaluation des moyens nécessaires ?

Peu importe, cette fois ce sera un plan.

Une opération de com’ ?

Question bien légitime à l’analyse du plan, présenté le 4 juillet dernier lors d’un comité interministériel au Muséum national d’histoire naturelle, devant E. Philippe et N. Hulot, en grands ordonnateurs, et une quinzaine de membres de l’exécutif, dont le ministre de l’Agriculture.

Une phrase du préambule suscite le doute : « La France se doit d’être exemplaire et profiter de son leadership sur le climat pour y arrimer la biodiversité. » Comme nous l’avons souvent dénoncé, l’action de la France sur le climat est loin d’être exemplaire, et son seul leadership est celui du baratin présidentiel. 

D’abord, on constate que les associations de protection de la biodiversité n’ont pas été invitées, tout un symbole ! Elles ont donc fait une conférence de presse le surlendemain et exprimé de nombreuses réserves, comme l’écrit le journaliste du Monde, Pierre Le Hir, dans l’édition du 6 juillet : « Quitte à donner l’impression d’un catalogue de mesures dont certaines figurent déjà dans d’autres textes (comme le projet de loi Agriculture et Alimentation ou le projet de loi ELAN sur le logement et l’aménagement), nécessitent encore des concertations, ou ne sont assorties ni d’un calendrier ni d’un financement. Et France Nature Environnement (FNE) d’enfoncer le clou : "un plan à trois pattes […] contenant 1/3 de concret, mais avec peu d’ambition, 1/3 de recyclé, 1/3 de peu engageant". »

Tout est dit ! Les autres associations ne sont pas plus indulgentes. Pour Yves Verilhac, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux, « il y a pas mal de recyclage de mesures déjà prises et financées ». Antidia Citores, de Surfrider, dénonce une mesure louable mais insuffisante. Alors que les autres ONG regrettent des « moyens financiers nouveaux peu lisibles et sans doute insuffisants », « trop d’études, colloques, missions, groupes de travail » et critiquent le manque de « moyens et d’indicateurs pour les mesurer ».

On en revient à cette remarque de Jean-Pierre Raffin (ancien président de FNE) sur ce « travers français » consistant « à prendre des lois, ne pas les appliquer ou les appliquer mal, quitte, au vu des échecs, à produire une nouvelle loi… » C’est vrai qu’il est plus simple de donner l’illusion d’agir en votant des lois, que de remettre en cause le système qui produit les dégâts à stopper.

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