Pesticides : « Commençons par interdire le glyphosate »

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Écologie
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Avec Olivier Lainé, membre du comité national de la Confédération paysanne, paysan arboriculteur et céréalier à Saint-Aignan-sur-Ry (76), nous revenons sur la décision européenne d’autorisation du glyphosate pendant 5 années supplémentaires.

Que penses-tu de la décision de l’Europe ?

Elle montre une fois de plus que l’Europe est dirigée par des lobbys tout-puissants, au détriment des intérêts de tous et toutes et de l’environnement. Ces décisions détruisent l’idée même d’une Europe démo-cratique des citoyens. 

Et Hulot dans tout ça ? 

Battu sur sa proposition d’interdiction du glyphosate d’ici à trois ans au maximum, Hulot veut l’appliquer en France. On verra. À la Conf’, nous lui accordons une certaine sincérité et ne voulons pas l’attaquer frontalement. Sa position est inconfortable, nous attendons des résultats concrets pour juger. 

Pourquoi interdire le glyphosate ?

Dès 1974, le glyphosate a été présenté comme un produit totalement inoffensif, biodégradable en moins de 3 heures. C’est faux ! Aujourd’hui les premières molécules qu’on trouve dans l’eau sont celles du gyphosate et de son dérivé, l’AMPA. Comme l’ont révélé les Monsanto Papers, falsification à grande échelle des études scientifiques, le glyphosate s’est vendu sur un mensonge ! Dès le départ, c’était une entreprise criminelle ! L’interdire comme herbicide ne suffit pas. En effet, il est présent en particulier dans le soja d’Amérique latine importé qui représente 80 % des protéines destinées à l’alimentation des animaux. Et dans le colza canadien. Ce « ready Roundup colza » commercialisé par Monsanto (racheté par Bayer), est interdit de culture en Europe, mais il risque d’arriver par les importations, grâce aux accords du CETA. À la Conf’, nous relions la bataille contre le glyphosate à celle contre les OGM puisque la majorité des OGM cultivés aujourd’hui sont des plantes résistantes à un herbicide.

Quelles alternatives au glyphosate ?

Il ne s’agit pas de trouver une molécule pour remplacer le glyphosate. Il s’agit de changer de modèle d’agriculture. Avec d’autres pratiques, d’autres techniques, on peut se passer des herbicides. Ça a un coût, c’est du temps, mais c’est possible. 

Faut commencer par interdire le glyphosate et continuer avec toute la chimie tueuse de vie (néonicotinoïdes…). La prise de conscience de la nocivité des désherbants chimiques (Roundup….) gagne du terrain. Des paysans en « conventionnel » en utilisent moins ou plus du tout. C’est un combat que nous devons continuer. 

Propos recueillis par la Commission nationale écologie

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Le NPA défend une agriculture paysanne par opposition à l’agriculture et à l’élevage industriel qui nous sont imposés :

▸ une agriculture de proximité, adaptée aux terroirs

▸ une agriculture qui respecte les paysanEs et qui encourage l’autonomie et la coopération

▸ un élevage soucieux du bien-être des animaux, qui respecte leurs besoins physiologiques et donne des produits de qualité sans danger pour les consommateurs

▸ une agriculture qui, au lieu de participer à la pollution et au réchauffement climatique, tente d’améliorer la santé des terres agricoles et stocke du carbone (si on tenait compte des externalités négatives de l’agriculture conventionnelle, les produits bio seraient moins chers que les produits gavés de pesticides)

▸ une agriculture qui crée des emplois et qui permet de revivifier les campagnes

▸ une agriculture qui rejette le système des filières qui mène à l’industrialisation

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