Nucléaire, le monde d’avant. Épisode 5. EPR : un rapport atomique pour EDF

Comprendre leur « monde d’avant » pour construire notre « monde d’après » : état des lieux du nucléaire en France (série en sept épisodes).

La mise en service de l’EPR (Réacteur pressurisé européen) de Flamanville prévue en 2012 a été repoussée à 2023... Depuis 2007, son coût a sextuplé. Le dernier rapport de la Cour des comptes (« La filière EPR ») dénonce ce qui apparaît maintenant comme une véritable gabegie. Avec un certain retard. Car l’énergie prétendument prométhéenne du nucléaire repose sur plusieurs mythes : le caractère bon marché (si on s’arrange dans le calcul !), l’indépendance énergétique (si on oublie la Françafrique pour l’extraction de l’uranium), le « recyclage » des déchets… Même le PDG d’EDF parle de projet « Hercule » pour ses besoins financiers ! Et, comme l’a admis le « jury de déontologie publicitaire », les pubs d’EDF ou d’Orano vantant le nucléaire « propre » sont tout simplement mensongères !

Les nucléocrates dopés à l’EPR

Pour une fois, on pourrait dire que le NPA et Pierre Moscovici, président PS de la Cour des comptes, sont d’accord : l’EPR constitue « un échec opérationnel, des dérives de coûts et de délais considérables. » Mais toute la filière nucléaire est un gouffre financier doublé d’une faillite technologique et industrielle. Alors, même si le RN, la clique de députés LR ou macronistes liés au complexe militaro-nucléaire, et le PCF entonnent un même refrain pour « poursuivre le programme EPR », l’EPR a du plomb dans l’aile. D’autant que son coût prohibitif et les défauts avérés sur des composants essentiels (cuve et soupapes de sécurité) ont ruiné tous les espoirs des nucléocrates libéraux sur les « ventes à l’export ».

Arrêt du nucléaire et rupture écosocialiste !

Il serait bienvenu de tirer un bilan de 70 ans de mensonges et d’établir les responsabilités dans l’aveuglement actuel. Si l’objectif des derniers gouvernements est effectivement de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité et donc de fermer 12 réacteurs après ceux de Fessenheim, pourquoi investir dans un « grand carénage » ruineux pour prolonger la durée de vie de réacteurs qui doivent fermer définitivement un jour ou l’autre ? Les magistrats de la Cour des comptes, issus de la Haute administration et proches des lobbys, ne vont donc pas jusqu’à effaroucher leurs amis : « EDF ne peut financer seul la construction de nouveaux réacteurs. […] Aucun nouveau projet ne saurait être lancé sans une forme de garantie publique »1. Autrement dit : « Allez-y, l’État paiera ! »

Poursuivre la filière est une fuite en avant dangereuse, impérialiste, aventuriste (démission du directeur financier d’EDF en 2016) qui masque le refus d’admettre l’obsolescence de nombreux réacteurs. Refus déconnecté de toute rationalité, sanitaire, démocratique et même économique, repoussant aux calendes grecques la nécessité d’engager l’arrêt définitif du parc actuel.

Une production alternative d’énergies renouvelables, décentralisée, avec des circuits de distribution courts, autogérée par les ouvrierEs et les usagerEs pour viser l’autonomie énergétique des régions, couplée aux économies d’énergie, pourrait constituer un début de rupture écosocialiste. Pour cela, il faut arrêter immédiatement le nucléaire, tant qu’il est temps.

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