Nucléaire, le monde d’avant Épisode 4. Le « cycle du combustible », une « bulle » nucléaire

Comprendre leur « monde d’avant » pour construire notre « monde d’après » : état des lieux du nucléaire en France (série en sept épisodes).

Après trois ans dans les réacteurs nucléaires, les combustibles usés sont refroidis trois à cinq ans dans les piscines de désactivation des centrales EDF, puis dix ans dans les piscines d’entreposage de La Hague. Orano (ex-AREVA) « retraite » ensuite l’uranium « valorisable » pour refabriquer du combustible. Les déchets résiduels sont refroidis 50 ans en vue d’un stockage souterrain (projet Cigéo, voir épisode 2).

Piscine géante

Un « cycle du combustible » présenté comme « vertueux », « durable », écolo… En réalité, une « bulle » nucléaire qui est en train d’imploser. Car on ne peut recycler qu’une seule fois. Et les combustibles MOX (au plutonium) alimentant 22 des 58 réacteurs EDF, non recyclables, doivent rester immergés 100 ans au lieu de 10 ! Résultat : les piscines de La Hague sont saturées, bloquant toute la filière. EDF a donc lancé en urgence un projet de piscine géante pour 10 000 tonnes de combustibles usés très radio­actifs, l’équivalent d’une centaine de réacteurs. L’eau est censée les refroidir, mais aussi protéger des radiations pendant 120 ans. Un écran bien volatile ! En cas de fuite ou d’évaporation excessive, le « dénoyage » des combustibles entrainerait une catastrophe sans précédent. D’autant que le plutonium est n° 1 en toxicité (dose mortelle = 50 millionièmes de gramme). Contre ce stockage mortifère, la coordination « Piscine Nucléaire Stop » a prévu une rencontre à Saint-Amand-en-Puisaye (24-27 septembre). EDF hésite sur sa stratégie et n’a pas encore tranché sur le site : Belleville-sur-Loire (Cher) ou La Hague (Manche).

Faire payer la note aux contribuables

L’État a recapitalisé EDF et Orano et nommé EDF chef de file de la filière nucléaire. Une restructuration pour privatiser les profits (énergies rentables) et socialiser les pertes (nucléaire). En quasi faillite (voir épisode 1), EDF devra aussi payer pour Cigéo, ce stockage dangereux, absurde (1 % des 7,5 millions de m3 creusés seraient occupés par les déchets), au coût astronomique (limité à 25 milliards par la loi, sans doute plus de 100) plus les frais d’exploitation et suivi (300 ans)… Le gouvernement s’affole et exige une réévaluation avant 2022. Or, pour EDF, l’urgence c’est la piscine géante, pas Cigéo ! Et un rapport parlementaire de 2018 pointe les failles du retraitement (exception française), avec en alternative l’entreposage « longue durée à sec » : pas de retraitement, pas de Cigéo ! Ceci arrangerait EDF, qui d’ailleurs achète des terrains autour des centrales.

Quoi qu’il en soit, la mafia du conglomérat nucléaire, avec à sa tête, jusque très récemment, Édouard Philippe (ex-lobbyiste d’AREVA), entend faire payer la note aux contribuables. Opacité et magouilles garanties, comme du temps d’« Atomic Anne » Lauvergeon, ex-PDG d’AREVA. Mais les contradictions éclatent : la facture nucléaire tricolore est un facteur aggravant pour la crise financière qui siphonne déjà les fonds publics. L’atome nous lègue une dette écologique, refusons de financer en plus la bulle nucléaire : pour éviter une catastrophe nucléaire, sociale, humanitaire, lutter pour l’arrêt du nucléaire, c’est vital…

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