Notre-Dame-des-Landes : la Zad défend ses terres communes

« Vous n’entendrez plus parler de Notre-Dame-des-Landes » avait prophétisé Gérard Collomb en mai dernier, quelques jours avant que Maxime voit sa main arrachée par une grenade de la gendarmerie. Mais les faits sont têtus : la Zad est encore là, elle vit et se développe à nouveau après le tsunami policier du printemps dernier. Et se bat pour conserver ses terres.

Abritée du monde capitaliste, la Zad grouille de réalisations et de projets. Les projets agricoles restent à découvrir, d’où l’opération « porte ouverte » des 29-30 septembre, justement intitulée « Terres communes », pour rappeler l’usage particulier qui est fait des terres de la Zad : loin de l’appropriation capitaliste, elles relèvent des Communs.

La Zad mise à mal

Cette ouverture était nécessaire pour assurer à la Zad le renouvellement de ses soutiens, après l’abandon du projet d’aéroport. Le mouvement s’est étiolé, en premier lieu avec la dissolution de l’Acipa, principale association contre l’aéroport. Mais une nouvelle s’est constituée, « NDDL Poursuivre ensemble », qui a rassemblé près de 400 adhérentEs en un mois. 

Avec la destruction des habitats, la population de la zone s’est réduite, mais la Zad vit encore, contre toute prévision, ce qui est en soi une victoire. Il s’agit de conserver les terres de la Zad. Or un comité ad hoc doit décider, le 12 octobre, de l’attribution des terres agricoles. D’où le rendez-vous des 29-30, pour faire pression sur l’État.

Deux visions du monde rural s’opposent

La vision capitaliste de la répartition des terres est purement utilitaire : après avoir longtemps fait de la Zad un simple support de construction, elle voudrait la réorienter comme support de l’agro-industrie. Remembrement et concentration capitalistique, spécialisation des productions, artificialisation des paysages, disparition de la biodiversité, dépendance à l’agro-business, et concurrence permanente des agriculteurs pour l’obtention de nouvelles terres. Dans le monde agricole, la course à l’agrandissement est en effet la principale manière de rentabiliser les investissements en machines.

Ironie d’un projet sans cesse différé par la résistance des populations, les terres de la Zad sont une survivance de l’agriculture pré-industrielle. Et ses nouveaux et nouvelles habitantEs portent une vision où la propriété capitaliste des terres laisse place aux Communs et à leurs usages : « On cherche des synergies entre des enjeux naturalistes et des enjeux de production paysanne, alors que depuis une quarantaine d’années, la logique générale c’était que ces enjeux s’opposent. »1

Avec une normalisation partielle inévitable, la Zad parviendra-t-elle à conserver son caractère militant, anticapitaliste, autogéré, libertaire ? La richesse des débats de ce rassemblement sont un indice encourageant.

Bertrand Achel

 

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