Les vacances de Monsieur Hulot

Tous les ans, au printemps, M. Hulot (qui doit s’ennuyer de son ministère) revient de vacances pour nous proposer de changer de monde. La dernière fois, c’était lors du « Pacte Hulot-Berger » en mars 2019. 66 propositions « pour un pacte social et écologique ». On a tous oublié ? Normal, ce n’est pas fait pour qu’on s’en souvienne. Juste pour que le nom de Nicolas reste dans nos mémoires. M. Hulot a bien appris les principes des recettes publicitaires. 

Cette fois-ci, justement il s’agit de principes. Le chiffre a augmenté, de 66 on est passé à 100. Combien l’année prochaine ?

100 idées « pour un nouveau monde »…

Donc 100 principes « pour un nouveau monde ». On se prend à rêver (enfin pas trop quand même, des fois qu’on serait déçuEs) que Nicolas découvre que finalement le capitalisme n’est pas le monde qu’il nous faut.

La lecture des 100 principes (journal  le Monde du 7 mai) va nous laisser perplexes. Chacun des 100 principes va commencer par « Le temps est venu ». La formule m’a rappelé « En ce temps-là », on y reviendra.

Donc, le temps est venu de (on ne citera pas tout) : transcender la peur en espoir, résister à la fatalité, ne plus se mentir (celui de la formule « en ce temps-là » c’était ne pas mentir aux autres, là c’est à soi-même, effet de la modernité ?), réanimer notre humanité, entendre la jeunesse et apprendre des anciens, applaudir la vie, nous réconcilier avec la nature, écouter les peuples premiers, cultiver la différence, apprendre de nos erreurs, nous réapproprier le bonheur, tendre la main aux humbles (c’est vrai que Nicolas, lui, n’est pas vraiment humble), combler les inégalités de destin (tiens je croyais que justement le destin était prédéfini donc pas modifiable), lier notre « je » au « nous » (là on monte le niveau vers la psychanalyse), de l’empathie, etc., etc.

Juste un problème, celui qui avait déjà dit tout ça (celui de la formule « en ce temps-là », un certain Jésus de Nazareth) a précédé Nicolas de… 2 000 ans ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’efficacité de telles formules n’a pas vraiment été démontrée ! Et que divers laudateurs du dit-Jésus se sont joyeusement empressés de faire le contraire…

Alors bien sûr, j’exagère. Il ya a quand même des choses dans ces 100 principes auxquelles on pourrait souscrire : laisser de l’espace au monde sauvage, nous adapter aux limites planétaires, préférer le juste échange au libre échange, une économie qui préserve et redistribue à chacun, égalité absolue entre les hommes et les femmes, exonérer les services publics de la loi du rendement, relocaliser des pans entiers de l’économie, etc., etc.

Juste un problème, on fait comment et surtout avec qui ? 

En cherchant bien dans les 100 principes, on va quand même avancer un tout petit peu. Il faut : s’émanciper des politiques partisanes (donc faire avec tout le monde, allez un petit effort de conviction et notre président Manu va adhérer à tout ça), s’extraire des idéologies stériles (par exemple je ne sais pas moi, la lutte des classes, on va dire que les riches restent riches, les pauvres restent pauvres et on est tous heureux ensemble), et surtout (principe 98, en fait la clé de toute l’histoire) partant de ces principes, de choisir, encourager et accompagner nos dirigeants ou représentants. Ah oui, c’est ça il faut encourager Manu ou… Nicolas !

Bref, si c’était pour dire tout ça, à mon avis, on aurait pu s’en passer. On dira que je suis trop caustique. Alors, je suis allé chercher dans l’interview qui va avec l’énumération des principes de Nicolas-Jésus. 

… pas trop nouveau surtout !

Et je lis que sous la plume des interviewers que « l’heure n’est pas à la recherche de responsabilité dans la crise »(tiens, moi j’aurai plutôt pensé le contraire !), et aux questions des journalistes notre Nicolas national répond : « je ne veux pas faire de procès d’intention au gouvernement et à l’Union européenne (moi, j’aurai plutôt envie de faire des procès !),  il faut une aide exceptionnelle de 250 euros par mois et par personne aux ménages les plus en difficulté(tiens, Nicolas n’a pas vu la contradiction, si c’est exceptionnel, comment ça peut être « par mois », ou alors pendant allez on dira deux mois ?), débattre du revenu universel (juste débattre hein, et surtout sans parler de montant, comme ça, pas de risque…), il faut fixer l’horizon pour le nouveau monde, non pas dans la confrontation mais dans l’addition (ah là là, surtout ne pas se confronter avec les riches de la planète ! Soyons humains quand même !), on ne pourra plus prendre l’avion comme avant (c’est vrai qu’il vieillit Nicolas, il fatigue et comme l’avion il en a pris un peu plus que les précaires de nos sociétés, il en a un peu soupé), se fixer des limites dans les revenus (lesquelles, Nicolas ? parce que en matière de revenus, je crois que tu n’es pas trop mal loti, il y en a d’autres qui ont depuis longtemps des limites dans leurs revenus !), aller chercher l’argent là où il est en taxant les revenus qui ne sont pas du travail (tiens on avait dit « pas de confrontation » ! ressaisis-toi Nicolas. D’ailleurs juste plus loin il se ressaisit ! À la question « croyez-vous Emmanuel Macron capable de sortir de la “politique des petits pas” », il répond : je veux y croire. La méthode Coué quand même ça reste une bonne recette !.

Avec tout ça, tout le monde peut signer les 100 principes de Nicolas. Même (d’ailleurs il s’est empressé de le faire) le dirigeant de la CFDT, Laurent Berger, celui du pacte précédent, celui qui avait accepté la réforme des retraites qui appauvrit les plus modestes. 

Franchement Nicolas, tu aurais pu rester en vacances.

Responsables et coupables

Conclusion ? Moi je me dis que nos dirigeants sont responsables de cette crise sanitaire. Ils ont saboté depuis trente ans la recherche scientifique sur les virus émergents en supprimant les crédits publics aux chercheurs, ils ont saboté le système sanitaire du pays en étranglant financièrement le service public (résultat : faute de moyens pour les hôpitaux et pour prendre en charge les malades, on a dû enfermer la population pendant deux mois), ils ont empêché toute possibilité d’agir en permettant aux capitalistes de délocaliser toute la production de médicaments en Inde et en Chine : ils sont responsables et coupables

Le temps est venu effectivement de les virer et de fonder une société égalitaire, démocratique et écologique. Bref, de supprimer le système capitaliste. 

Commission écologie

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