Les jeunes, plus chauds que le climat !

Depuis plusieurs semaines, des manifestations pour le climat, réunissant plusieurs dizaines de milliers de lycéenEs et d’étudiantEs, ont lieu dans de nombreux pays...

Suède 

Les vagues de chaleur de l’été 2018 et les incendies de forêts sans précédent ont motivé Greta Thunberg, lycéenne de 16 ans, qui a entamé « une grève de l’école pour le climat », en août dernier : pendant 3 semaines, assise chaque jour devant le Parlement suédois, elle exigeait le respect de l’accord de Paris, réclamait une forte diminution des émissions de GES. Puis, sa grève s’est poursuivie chaque vendredi. Après la manifestation devant le Parlement européen à Bruxelles et la déclaration organisée par Rebellion Extinction dans Londres, Greta Thunberg a poursuivi ses actions et ses prises de parole à la COP 24, en Pologne (« Vous êtes trop immatures pour dire les choses telles qu’elles sont, mais moi je n’en ai rien à faire d’être impopulaire. Moi je me préoccupe seulement de garder une planète vivante ») et au forum de Davos. Ses actions ont poussé des jeunes collégienEs et lycéenEs à rejoindre la grève, chaque vendredi, clamant comme elle, qu’il est temps que « les jeunes se mettent en colère et transforment la colère en action », dénonçant l’inaction des « adultes ». Le mouvement des jeunes suédois s’est propagé un peu partout dans le monde, motivé par les marches pour le climat, mais avec son propre mode d’action face à l’urgence climatique. Ils et elles sont de plus en plus nombreuses et nombreux à faire la grève de l’école, un jour par semaine. 

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Australie  

ÉcolierEs, collégienEs et lycéenEs se sont mobiliséEs en novembre contre l’inaction du gouvernement libéral dans la lutte pour le climat. Après que le Premier ministre a renoncé, en août, à inscrire dans la loi les objectifs de réduction des émissions de GES, pourtant reparties à la hausse. Et aussi après qu’une tempête inédite s’est abattue sur Sydney, que la sécheresse et des tornades de feu ont dévasté forêts, savanes et broussailles. Sans doute pas un hasard ! 

Des milliers de jeunes ont finalement fait grève simultanément dans plus de 20 villes le vendredi 30 novembre, avec des commentaires qui ont galvanisé les foules, venues avec des pancartes « Stop Adani » pour contester un projet d’exploitation de mine de charbon par la firme Adani et demander au pays de se tourner vers les énergies renouvelables. Sans surprise, l’Australie ne devrait pas remplir ses engagements pris au moment de la conférence internationale de Paris en 2015, comme l’Union européenne, le Canada et les États-Unis (d’après le rapport annuel du Programme environnement de l’ONU).

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Suisse

Le 21 décembre, près de 4 000 élèves de Suisse alémanique ont organisé une « grève pour le climat », défilant dans les rues des principales villes. Le 18 janvier, plus de 22 000 élèves des collèges, écoles professionnelles et lycées se sont misEs en grève pour le climat : plus de 10 000 à Lausanne, 5 000 à Genève, 1 500 à Neuchâtel et 1 000 à Fribourg. Il s’agissait pour beaucoup de leur première manifestation. Le samedi 2 février, le mouvement a encore pris de l’ampleur. Des adultes de tout âge se sont joints aux jeunes. Ils ont été des dizaines de milliers à se mobiliser dans quatorze villes à travers toute la Suisse.

Unis, collégienEs, apprentiEs et lycéenEs scandent leur colère face à l’inaction des politiques quant aux questions climatiques. Les manifestantEs demandent notamment que la Suisse n’émette plus de gaz à effet de serre d’ici 2030 et cela sans introduire de mesures de compensation. Les slogans pointent du doigt le système capitaliste comme responsable de la crise climatique.

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Canada 

En novembre 2018, l’association ENvironnement JEUnesse (ENJEU) a lancé une procédure judiciaire contre le gouvernement, pour manque d’actions efficaces en faveur du climat. Accord de Paris signé ou pas, le Canada continue de produire 22 tonnes de GES par an et par habitantE, un des taux les plus élevé du G20. Ces actions en justice, au nom du « respect des droits des générations futures » se multiplient, sans doute dopées par la victoire remportée, en octobre 2018, par la fondation environnementale hollandaise Urgenda (Urgence agenda) qui exigeait une baisse d’émissions de GES plus rapide que celle prévue par le gouvernement des Pays-Bas, afin d’ atteindre, fin 2020, une diminution de 25 % par rapport à 1990. Ce succès acquis par près de 900 personnes redonne de l’espoir à celles et ceux qui se battent pour que les gouvernants agissent vraiment, contribuent à la prise de conscience du plus grand nombre que l’urgence ­climatique est une priorité.  

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Belgique

Depuis le début du mois de janvier, les mobilisations hebdomadaires de la jeunesse pour le climat ont regroupé des milliers, puis des dizaines de milliers de lycéenEs et d’étudiantEs. Aux sources de cette mobilisation, une montée des préoccupations concernant le climat en Belgique, avec plus de 70 000 personnes lors de la marche de décembre à Bruxelles, qui a « rencontré » le mouvement international des jeunes, notamment l’appel de Greta Thunberg. 

De 3 000 manifestantEs le 10 janvier, on est rapidement passé à plusieurs dizaines de milliers chaque jeudi, avec une mobilisation qui, si elle ne connaît pas nécessairement une croissance numérique régulière, se diffuse dans le pays et contraint les responsables politiques à se positionner et à affirmer – hypocritement – leur volonté d’agir pour le climat. Mais ce ne sont que des déclarations d’intention, avec notamment un projet de loi qui ne va pas plus loin que l’inscription de la Belgique dans les – faibles – objectifs de l’UE. Alors pas de doute : la ­mobilisation va continuer !

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Échos de l’AG inter-facs de Jussieu

La COP 24 a donné à voir, jusque dans les médias dominants, la légitime révolte de la jeunesse mondiale face à la crise écologique – révolte incarnée notamment par la lycéenne Greta Thunberg. En France, les organisations d’écologie radicale connaissent un afflux de jeunes travailleurEs, d’étudiantEs et de lycéenEs. Cet afflux fait suite à l’expérience des « Marches pour le climat », qui ont attiré des dizaines de milliers de personnes, notamment des jeunes, conduisant nombre d’entre eux à ressentir le besoin d’une critique radicale du capitalisme.

« Vendredis verts »

En région parisienne, la mobilisation des jeunes s’est exprimée dans un récent appel à mener des « grèves scolaires » tous les vendredis à partir du 15 février. L’appel a été lancé par une assemblée générale inter-facs de 300 personnes, réunie à Jussieu le 8 février. Il s’inspire de mouvements similaires dans les pays voisins, et s’inscrit dans une perspective de désobéissance civile. L’idée retenue permet la convergence avec les Gilets jaunes, en enchaînant « vendredis verts » et « samedis jaunes ».

Les revendications exprimées lors de l’AG de Jussieu portaient, entre autres, sur l’arrêt des énergies fossiles et nucléaire, leur remplacement par des énergies renouvelables, et l’arrêt des grands projets inutiles. La réorganisation de certains secteurs économiques a aussi été évoquée, par exemple l’arrêt des produits en plastique à usage unique. Limiter la hausse à 1,5°C n’est possible qu’à condition de réorganiser l’économie en profondeur, en expropriant les multinationales pollueuses pour éliminer très rapidement les énergies fossiles et nucléaires et les remplacer par des énergies renouvelables. Ainsi, la lutte écologique doit répondre au défi d’élaborer un projet de société alternatif au capitalisme.

D’autres AG ont eu et auront lieu dans différentes villes. La mobilisation de la jeunesse permettra de discuter de revendications et d’actions pour changer la société. Il est important que cette mobilisation ne s’oppose pas à celle contre la hausse des frais d’inscription universitaires ni aux luttes des jeunes en gilets jaunes. La préparation de la « grève scolaire internationale » du 15 mars, si elle ne s’astreint pas à l’apolitisme et la non-violence, peut être l’occasion de structurer un large mouvement de jeunesse autour d’une plateforme écologiste et anticapitaliste. 

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