Le train Perpignan-Rungis menacé de suppression : remettre le fret public sur les rails !

Depuis quelques semaines, les mobilisations d’organisations de gauche, syndicales et politiques, de cheminotEs et d’usagerEs, et notamment de Gilets jaunes, se succèdent contre une nouvelle aberration sociale et écologique : la suppression programmée du train primeurs qui, chaque année, transporte quelque 150 000 tonnes de fruits et légumes sur un total des 400 000 tonnes acheminées de la plateforme internationale Saint-Charles de Perpignan au MIN de Rungis. Un train qui sera remplacé par le transport routier - accidentogène, polluant et émetteur de gaz à effet de serre.

L’existence de cette liaison ferroviaire est menacée à la fois par la politique de la SNCF - et du gouvernement – et par les intérêts financiers des chargeurs assurant son remplissage et dont le contrat avec la SNCF expire. Conséquences : la suppression de plusieurs centaines voire de milliers d’emplois (directs et indirects) et 25000 camions supplémentaires par an sur les routes, dont l’autoroute A9 déjà saturée avec plus de 9000 camions par jour au passage de la frontière au Perthus (entre l’Etat espagnol et la France) et un camion toutes les six secondes sur l’A86 en Val-de-Marne. La réalité toute crue des « engagements » sociaux et écologiques du gouvernement aux ordres d’un capitalisme qui se voudrait vert et qui n’est que parasitaire et destructeur. Une réalité tout dernièrement illustrée par la nomination de la ministre des Transports Elisabeth Borne (prête à jeter sur les routes des milliers de camions supplémentaires) à la… Transition écologique, à la place de De Rugy ! Pour rappel – côté « social » et service public -, Borne après avoir fait ses classes auprès de ministres PS, a impulsé la « réforme » de la SNCF et est montée en première ligne contre la grève cheminote de 2018.

Service public, emploi, environnement : même combat !

La raison invoquée pour l’absurdité socio-écologique qu’est la suppression de cette liaison ferroviaire : la vétusté des wagons… La direction de la SNCF évoque bien une nécessaire rénovation des wagons et même qu’il en faudrait des neufs mais elle se tourne vers les deux principaux chargeurs du marché Saint-Charles (les sociétés Rey et Roca/Primever) pour qu’ils les financent à hauteur de 25 millions d’euros – chargeurs qui se sont empressés en juillet d’arrêter d’affréter des trains, de les remplacer par des camions et même de déménager hors de la gare fret de Perpignan. Résultat, depuis lundi 15 juillet, date de la fin de la saison haute, le train primeurs Perpignan-Rungis circule – comme Elisabeth Borne l’avait promis dans un souci d’affichage politique - mais vide !

Situation ubuesque mais qui n’est que le dernier épisode en date d’une politique au service d’un système régi par la recherche du profit maximum. Outre la rapacité des entreprises capitalistes qui considèrent le transport routier désormais plus rentable, ce qui est à nouveau en cause c’est la brutale politique néolibérale de massacre des services publics, avec en l’occurrence la privatisation de la SNCF, l’éclatement des infrastructures mises en concurrence, le désengagement de l’Etat et de la SNCF dans le fret ferroviaire – la direction de la SNCF allant jusqu’à se faire elle-même de la concurrence en développant ses propres filiales routières !

La disparition de la ligne de fret Perpignan-Rungis, jusque-là seule rescapée du transport ferroviaire de fruits et légumes en France, s’inscrit dans le cadre de cette politique qui, dans le ferroviaire, a été mise en œuvre depuis plus de dix ans, sous les gouvernements successifs. Depuis 2006 (année de l’ouverture de la concurrence en France), Fret SNCF a divisé par trois son offre de transport dans une logique d’ « économies ». Le transport marchandises sur les rails ne représente plus que 9% du total (contre 85% sur la route). Dans le même temps, la direction a supprimé plus de 10 000 emplois. Et elle a annoncé la suppression de 754 postes supplémentaires d'ici à 2021. Au 1er janvier 2020, Fret SNCF va devenir filiale de droit privé soumise totalement à rentabilité, se mettant sous dépendance de financements bancaires et finalement renonçant aux missions de service public qui sont encore les siennes.

Pour un vrai service public du transport de marchandises

Devant la mobilisation des usagerEs et cheminotEs qui ne faiblit pas, le gouvernement tente une opération d’enfumage, multipliant déclarations et réunions de « concertation » en vue de « solutions alternatives ». Peu avant de quitter le gouvernement et ses fastes, De Rugy avait avancé sa « solution » : recourir à des opérateurs privés du fret ferroviaire. Mais, que ce soient la piste aujourd’hui évoquée d’une liaison en transport combiné wagons-containers ou celle de l’autoroute ferroviaire (services de transport de semi-remorques par train) que le gouvernement envisage à l’horizon 2022 entre Barcelone, Perpignan et Rungis – une condamnation à terme de Saint-Charles primeurs et de ses emplois (et, au-delà, de milliers d’emplois dans la région) -, cela ne résout en rien le trafic routier en croissance délirante et l’impact des poids lourds sur l’environnement.

Sauver cette liaison ferroviaire et se battre pour un service public du transport marchandises - un enjeu où social et écologie sont intimement liés - implique de rassembler toutes celles et tous ceux qui se mobilisent sur ces questions et de faire converger nos luttes afin de construire le rapport de force capable de faire échec aux politiques destructrices du gouvernement Macron. Un enjeu qui va au-delà de la liaison ferroviaire, des sites et régions concernés. Solidarité !

Jean Boucher

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