La preuve par Lubrizol

L’incendie de Lubrizol et des stockages voisins, l’attitude avant, pendant et depuis l’accident de la direction de l’entreprise et des autorités, montrent, s’il en était encore besoin, qu’on ne peut faire confiance ni aux capitalistes ni à l’État pour protéger notre santé et l’environnement.

Une menace qui va durer
Face aux risques graves dus aux produits toxiques répandus dans l’air, la terre et l’eau, l’inquiétude est immense. Il ne s’agit pas d’un effet immédiat mais d’une menace qui va peser pendant de longues années. Face à la dissimulation des informations du préfet, à la complaisance des services censés surveiller les industries à risques, la colère est elle aussi immense. Elle renforce les autres colères contre toutes les injustices sociales, racistes, environnementales.
Dès le lendemain de l’incendie, les contacts ont été pris pour appeler ensemble à une première manifestation, le 1er octobre, qui a rassemblé 5 000 personnes. Depuis, un cadre commun s’est mis en place, il a organisé de nouvelles manifestations et une soirée le 17 octobre, mais aussi le suivi en commun des plaintes, enquêtes, expertises… La liste de plus d’une trentaine d’organisations signataires 1 illustre une convergence jamais réalisée auparavant entre organisations syndicales, associations écologistes, de défense des droits humains et contre le racisme, les Gilets jaunes et les organisations politiques. Cette unité inédite est indispensable pour obtenir vérité sur les faits et justice pour les victimes, il n’était pourtant pas écrit à l’avance qu’elle se réalise. Différents facteurs, en plus de la gravité de la situation, l’ont rendue possible.

Que produire et dans quelles conditions ?
L’initiative a été prise par la CGT, à partir de l’expérience du secteur santé-travail. De nombreuses années d’un travail opiniâtre sur les accidents du travail, les maladies professionnelles, les conditions de travail et de sécurité des salariéEs, les risques chimiques, physiques ou liés à l’organisation du travail… ont construit une pratique concrète qui donne tout son sens à l’exigence de « ne pas perdre sa vie à la gagner ». Se penser, en tant que salariéEs, comme « sentinelles des contaminations environnementales » (Henri Pézerat) est un antidote pour ne pas céder au chantage à l’emploi et à la fermeture de l’entreprise que les patrons agitent systématiquement et auquel les salariéEs mais aussi les syndicalistes ou les éluEs locaux ont souvent tant de mal à résister, quand ils ne s’en font pas le relais direct.
De plus, la Coalition climat Rouen, maintenue depuis 2015 (COP21 à Paris) et revivifiée depuis plus d’un an, offre un cadre de préparation commune des initiatives sur le climat, mais aussi d’échanges et de débats, de construction d’une confiance réciproque et de recherche d’une convergence plus importante avec le mouvement syndical.
Il reste encore du chemin à parcourir – le problème du lien avec les salariéEs de Lubrizol reste non résolu – mais la convergence réelle peut devenir enfin une réalité vivante. Elle est indispensable pour poser une question décisive, sociale, écologique et démocratique : que devons-nous produire et dans quelles conditions ?
1 – CGT, Solidaires, FO, FSU, Confédération paysanne, Syndicat des avocats de France, Collectif des riverains Lubrizol, Gilets jaunes Rouen, Front social, France nature environnement, Citoyens pour le climat, Bouillons Terres d’avenir, Greenpeace Rouen, Stop EPR, Les amis de la nature de Rouen, Association Henri-Pézerat, Addeva Rouen Métropole, Syndicat de la médecine générale, ATTAC, Alternatiba, LDH, CREAL 76, ASTI Petit-Quevilly, Addeva 76, Andeva, PCF, LFI, EÉLV, GDS, SAGV, GR, UCL, Ensemble, NPA.

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