EPR : chronique d’une fuite en avant

Alors qu’à la mi-octobre 2019 était évoquée par le gouvernement et Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, la construction de six nouveaux réacteurs EPR en France, le rapport rendu par Jean-Martin Folz, l’ancien patron de PSA, pointe une gestion financière calamiteuse. 

Le rapport s’arrête à ce qui est déjà connu de toutes et tous : de « graves lacunes » en matière de « management », mais aussi « une perte de compétences » après des départs en retraite de spécialistes, conjuguées à « la faiblesse des ressources et talents en technique et réalisation de soudage » et le recours à de nombreux sous-traitants. Des termes polis pour éviter de mentionner la falsification des contrôles de qualité sur les productions de la forge du Creusot ou encore la sous-traitance généralisée dans toute la filière nucléaire (80 % du personnel travaillant en zone contrôlée).

Quelques malfaçons relevées ces dix dernières années

23 mai 2008 : Des fissures et des manques de ferraillage sont détectés dans le radier, la dalle de béton qui supporte le réacteur. Résultat : toutes les opérations de coulage de béton sont stoppées. 

1er novembre 2009 : Sur un réacteur, un mécanisme qui tombe en panne est immédiatement remplacé par un dispositif de secours prenant le relais. On découvre que sur l’EPR, les deux systèmes sont totalement dépendants. Le risque est que l’exploitant perde le système de secours censé se mettre en route en remplacement d’un système d’exploitation devenu défaillant.

27 août 2011 : Le Canard enchaîné fait état d’un rapport dans lequel les experts décrivent « des piliers de béton percés comme du gruyère ou grêlés », de « nombreuses zones remplies de pierres sans ciment », de nouvelles erreurs de ferraillage et « l’absence de nettoyage des fonds de coffrage, encombrés d’un amas de ligatures et autres objets non identifiés »

20 février 2012 : Cette fois-ci, il s’agit de pièces industrielles qui supportent le pont roulant polaire qui doit servir à placer et sortir le combustible nucléaire de la cuve ; 45 consoles, hautes comme un homme et pesant près de cinq tonnes, présentent des défauts de soudure.

16 octobre 2013 : Lors des essais de ce même pont polaire, une pièce de moteur du chariot de 320 tonnes se casse et chute, détériorant la tôle d’étanchéité de l’enceinte du réacteur ; par miracle, la charge est restée suspendue au bout du câble… et surtout il n’y avait pas de ­combustible nucléaire.  

7 avril 2015 : Le fond et le couvercle de la cuve en inox contenant le cœur du réacteur, fabriquée par Creusot Forge, présentent des « ségrégations carbone ». L’acier doit normalement contenir 0,2 % de carbone. Là, c’est plutôt 0,3 %, ce qui suffit à fragiliser la capacité résistante de l’acier. Cette pièce doit être sans défaut puisque c’est la plus sollicitée et la seule qu’on ne peut pas changer. Lorsque l’on sait qu’il n’y a pas de plan B en cas de rupture de la cuve, on comprend la gravité de la situation.

25 juillet 2018 : En cause, des défauts sur 150 soudures de tuyauteries du « circuit secondaire principal », qui sert à évacuer la vapeur produite dans le générateur vers la turbine puis à ramener de l’eau vers le générateur.

Décembre 2018 : EDF falsifie, en levant sans justification les réserves émises par l’ASN pour certaines pièces, déclarées à tort « Bon pour exécution sans réserve ».

L’EPR n’est donc pas uniquement une faillite financière, mais un condensé de toutes les malfaçons et tromperies déjà constatées dans les 58 autres réacteurs vieillissants en France. La seule conclusion à en tirer est de mettre fin immédiatement à ce chantier et d’arrêter définitivement le nucléaire avant qu’une « tricherie » non encore découverte provoque un Fukushima français. 

Commission nationale écologie 

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