Dieselgate : Aux constructeurs-pollueurs de payer !

« Quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites » disait le sapeur Camember... Les dépassements des normes de pollution par les moteurs Diesel des véhicules à moteur ont provoqué la mort de 38 000 personnes dans le monde en 2015...

Tels sont les résultats d’une étude publiée le 15 mai par le revue scientifique Nature par croisement de données, issues d’une trentaine de travaux scientifiques produits au cours des cinq dernières années, avec des études épidémiologiques. Sur 11 pays représentant environ 80 % des ventes mondiales de véhicules Diesel, près d’un tiers des poids lourds et la moitié des voitures en circulation dépassent les limites légales de certification.

Les populations sont les plus touchées en Chine, en Inde et dans l’Union européenne, parce que c’est là que circulent le plus de voitures et de camions fonctionnant au diesel. En Europe, les excès d’émissions d’oxydes d’azote ont été en 2015 responsables d’environ 11 000 décès prématurés.

Dès octobre 2013, l’Organisation mondiale de la santé a classé la pollution de l’air extérieur comme cancérigène certain pour l’homme. Pourtant, les constructeurs automobiles continuent de nier ou de minimiser les dangers des émissions des moteurs automobiles. Des affirmations ménageant les secrets de fabrication et donc invérifiables, en opposition aux travaux scientifiques dont les sources et les méthodes sont publiques et soumises à des évaluations critiques. Il n’y a pas d’hésitation possible.

Tous pour le fric

En France, la connivence gouvernement-constructeurs se noue au plus haut de l’État, actionnaire des deux groupes automobiles Renault et PSA. Le ministre de l’Économie, un certain Emmanuel Macron, les félicitait en septembre 2015 : « en termes de respect des normes d’émissions polluantes, l’industrie française est en pointe en la matière, et c’est justement parce qu’elle est en pointe qu’elle n’a pas eu recours à des logiciels truqués comme certains de ses concurrents ont pu le faire ». Bingo ! Depuis, ouverture d’informations judiciaires visant Renault, puis PSA !

Alors que des solutions techniques existeraient pour au moins réduire la pollution, les constructeurs automobiles ont délibérément fait des choix nocifs, à coups de réduction de budget, de suppressions d’emploi et de choix techniques inefficaces, le tout pour offrir aux actionnaires le bon « taux de marge » et les meilleurs dividendes.

Pendant des dizaines d’années, le diesel a été encouragé par les pétroliers, constructeurs, ainsi que par l’État, car la production électrique à 80 % nucléaire en France laissait des millions de litres de carburants « lourds » sans débouchés. Mais aujourd’hui, le diesel est entré dans un déclin irréversible : déjà, il est retiré des petites voitures, et seules les voitures les plus puissantes pourront encore en être équipées. Combien de temps avant que le seul véhicule diesel en fabrication reste le mastodonte Citroën DS7 Crossback, la nouvelle voiture officielle de Macron ?

Préserver nos emplois et notre santé

Ce nouveau virage pourrait avoir pour conséquence, si les patrons restent seuls à décider, des milliers de suppressions d’emplois dans les centres d’études, les usines de moteurs, et chez les équipementiers. Face à ces futures attaques, des salariéEs peuvent partager la dénonciation patronale du « diesel bashing ». Les difficultés se sont aggravées lorsque des instances syndicales cèdent au patriotisme d’entreprise qui « sauve les emplois ». Il n’empêche que l’idée de se battre pour ne pas payer les frais des mutations technologiques et que tout soit mis en œuvre pour préserver la santé de touTEs et l’environnement est aujourd’hui porté par des secteurs significatifs.

Aujourd’hui, plus de la moitié des véhicules circulant en France sont des diesels. Les possesseurs de voitures les plus anciennes le sont par nécessité d’utiliser une voiture dans les zones périurbaines ou rurales et par contrainte financière. C’est pourquoi toutes les mesures et revendications de restriction de l’usage des voitures doivent être couplées avec l’exigence de transports collectifs répondant aux besoins de la population et gratuits pour les usages courants.

Ne laissons pas les firmes automobiles profiter cyniquement d’une mise à la casse de millions de voitures anciennes pour mieux refourguer des modèles récents et trouver sans contrôle de nouveaux gisements de profits ! Aujourd’hui, si les projecteurs sont braqués sur les dangers des émissions de moteurs Diesel, les émissions des autres motorisations comme les menaces causées par la production d’électricité exigent des alertes tout aussi vigilantes. Aux constructeurs-pollueurs de payer et d’avoir à rendre compte des conséquences de leurs politiques.

Jean-Claude Vessillier

 

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