Démantèlement des installations nucléaires : un rapport incomplet mais accablant

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Selon la députée PS du Doubs Barbara Romagnan, rapporteuse de la Mission d’information relative à la faisabilité technique et financière du démantèlement « le coût du démantèlement du parc nucléaire français serait sous-estimé et, malgré quinze ans d’études, la faisabilité technique ne serait pas assurée. »

 

Après six mois de travaux, 70 auditions et plusieurs visites, les parlementaires constatent que la filière nucléaire n’a pas anticipé le démantèlement de ses installations et qu’implicitement elle s’appuie sur des hypothèses qui lui sont favorables comme la poursuite du programme électronucléaire. Ce rapport relève des faits déjà connus mais qu’il est toujours bon de rappeler.

C’est l’ensemble des installations nucléaires construites il y a plus de 40 ans qui est concerné. EDF compte 58 réacteurs à eau pressurisée (REP) en fonctionnement et neuf réacteurs à l'arrêt définitif (à Marcoule, Bugey, Chinon, Saint-Laurent, Chooz…), Brennilis (eau lourde), Superphénix (réacteur au sodium). S’y ajoutent les usines nucléaires Areva comme Georges Besse 1 à Tricastin, FBFC à Romans-sur-Isère, les installations civiles et militaires du CEA ainsi qu’à terme d’autres installations du cycle, comme l’usine Melox à Marcoule et l’usine de retraitement de La Hague...

Le démantèlement de Brennilis, fermé en 1985, est interminable : confié pour partie à une entreprise privée (Onet Technologies), EDF estime aujourd’hui qu’il ne pourra être achevé qu’en 2032. Soit 47 ans après sa mise en arrêt ! Entre-temps, la facture a été multipliée par 20 (482 millions d’euros selon la Cour des comptes en 2005). Et à ce jour, même les parlementaires n’ont pu obtenir une estimation des sommes déjà déboursées. Quant au démantèlement complet des six réacteurs UNGG (filière uranium naturel graphite gaz) à Bugey, Saint-Laurent et Chinon, EDF vient de le repousser à l’an 2115 ; les difficultés techniques sont telles que toutes les entreprises consultées ont décliné les appels d’offre !

EDF et l’État français misent sur l’allongement de la durée de vie des centrales de quarante à soixante ans. Cette stratégie permet de retarder le démantèlement. Ce pari semble surprenant et audacieux à la députée « car EDF n’a pas reçu l’aval technique de l’Autorité de sûreté nucléaire pour la poursuite et le prolongement de ces centrales. »

Mais surtout ce rapport élude la question de fond...

 

Faut-il démanteler les sites nucléaires ?

Les industriels - Onet Technologies, mais aussi Areva qui a constitué une filière « valorisation des sites » ou encore Veolia associé au CEA - voient là un nouveau marché juteux de ponction des fonds publics. Julien Aubert, député LR du Vaucluse et président de la mission d’information. « n'exclut pas de mettre EDF en concurrence avec d'autres opérateurs de décontamination si le chantier s'annonçait compliqué. ».

Mais démantèlement signifie création d’une masse considérable de déchets radioactifs, transportés sur toutes les routes de France avec les risques que ça comporte, qui s’ajouteraient aux déchets existants. Leur volume, évalué à 1 320 000 m³ en 2010, devrait passer à 2 700 000 m³ d'ici 2030. On ne sait déjà plus quoi faire des déchets nucléaires à part les enterrer définitivement à 500 m sous terre pour les plus radioactifs (CIGEO) ou dans d’immenses hangars (CSA, dans l’Aube). Pour les plus faiblement radioactifs, les volumes sont tels qu’il est envisagé soit de les disperser dans les 16 ISDD existantes (installations de stockage de déchets dangereux), soit d’élever le seuil de « libération », pour les écouler dans l’industrie ou le BTP. À Bure avec CIGEO mais aussi à Bugey avec ICEDA (Installation de conditionnement et d'entreposage de déchets activés), des luttes s’organisent parmi la population.

Pour le NPA, l’arrêt nécessaire de toutes les installations nucléaires ne peut se faire en toute sécurité qu’à la condition de tout conserver sur le site lui-même (à l’exception peut-être de quelques sites en zone de tremblement de terre ou d’inondation), en interdisant tout transport et toute dispersion des déchets radioactifs. Une fois un site vidé de son combustible, on le condamne, on le sécurise et on le garde sous surveillance. Les terrains où sont implantés des réacteurs sont de toute manière perdus à tout jamais.

Le démantèlement devient un marché attirant pour le capitalisme nucléaire : fabrication de remblais routiers, utilisation des métaux contaminés pour… construire de nouvelles installations nucléaires. Il convient donc dès aujourd’hui de s’y opposer avec vigueur.

Commission nationale écologie

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