Crise de la biodiversité contre croissance capitaliste

Le pouvoir reconnaît l’urgence et le ministre Hulot parle même d’une « question de survie pour nos sociétés ». Mais nous avons affaire à un gouvernement de menteurs qui, côté pile, affirme avoir pris conscience de la gravité de la situation mais, côté face, continue d’agir en prenant des décisions qui aggravent la situation.

Le journal Reporterre nous livre un « Hulotscope »1 qui montre les mesures prises ou cautionnées par le ministre de la Transition écologique depuis sa prise de fonction. C’est édifiant !

« En même temps »

Au niveau agricole, le plan Bio-diversité recense les effets délétères des biocides et en particulier du glyphosate et, « en même temps », le ministre de l’Agriculture refuse d’inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate. Le plan prétend lutter contre la déforestation tout en favorisant les élevages industriels (responsables d’une bonne partie de la déforestation en Amérique du Sud à cause de la culture de soja), comme la ferme-usine de 6 500 porcs en Tarn-et-Garonne ou celle de 1 000 veaux dans le Gers. Sans parler des effluents de ces élevages qui polluent cours d’eau et nappes phréatiques. Ce gouvernement prétend vouloir développer l’agriculture bio en… supprimant les aides au maintien en bio ! La baisse des aides aux petites surfaces pastorales est du même acabit.

Le gouvernement fait systématiquement appel des décisions des tribunaux administratifs remettant en cause des aménagements destructeurs pour la biodiversité ou l’environnement. Comme la centrale thermique de Gardanne dont le fonctionnement est en totale contradiction avec les objectifs du plan sur les forêts. Europacity qui va détruire des hectares de terres agricoles près de Paris. Pour reprendre la formule de Hulot, on voit comment il pourrait être évité mais pas compensé. Comment concilier l’ambition internationale de ce plan avec l’autorisation de la « bioraffinerie » de Total dans les Bouches-du-Rhône, qui va favoriser la destruction de forêts en Indonésie, qui sont l’habitat d’espèces en danger comme les orangs-outangs ?

Les capitalistes, une espèce protégée ? 

Dans la catégorie humour noir, l’action 89 installera le « service valorisation économique de la biodiversité » en Guyane alors que le gouvernement autorise le projet de la Montagne d’or, sans doute le plus destructeur de bio-diversité : une mine d’or en pleine forêt tropicale dont les infrastructures gigantesques feront des dégâts irréparables.

Comme les précédents, ce gouvernement ne remet pas en cause la place de la voiture et du transport routier ; en témoignent le projet de troisième autoroute en Eure-et-Loir, les contournements de Rouen et de Strasbourg qui satisferont les bétonneurs.

Les espèces sauvages ne sont pas mieux loties puisque la France s’oppose à la proposition de la Commission européenne d’un moratoire sur la chasse de la tourterelle des bois, une des rares espèces d’oiseaux de France menacée mondialement. Le « plan Loup » permet le tir et met en danger la survie de l’espèce sur le territoire français.

Le gouvernement nous promet qu’il sera tenu compte de la biodiversité dans les traités commerciaux, tout en acceptant le CETA avec le Canada.

Mais il y a une « espèce » que ce gouvernement veut à tout prix  protéger : ce sont les capitalistes dont la sauvegarde sera assurée par la loi sur le secret des affaires. Ils pourront maintenant polluer et détruire la biodiversité dans le plus grand secret. Au cas où cela ne suffirait pas, le gouvernement expérimente le droit donné aux préfets de déroger aux normes environnementales. Situation extraordinaire où l’État incite ses représentants à désobéir à la loi !

La croissance capitaliste détruit la biodiversité

Au niveau financier, le compte n’y est pas, puisque ce plan s’accompagne d’une baisse importante du budget des agences de l’eau et du ministère de la Transition écologique dans la loi de finances 2018. À la question d’un journaliste sur les financements annoncés (+ 600 millions d’euros étalés sur quatre ans), le Premier ministre a répondu de manière dilatoire qu’il fallait s’occuper de l’efficacité des mesures avant de parler du financement, comme si les deux n’étaient pas intimement liés ! Passons sur le recyclage des moyens récupérés sur le budget des agences de l’eau et intéressons-nous à une autre approche possible : établir avec les associations naturalistes un état des mesures d’urgences à prendre (aux échelles nationale et régionale) et en évaluer le coût. On met au défi Hulot d’avoir le courage d’un tel exercice qui permettrait à l’ensemble de la société de comprendre comment enrayer la crise de biodiversité. Mais c’est vrai qu’alors il serait amené à s’interroger sur le fait que l’essentiel des richesses est concentré dans un petit nombre de mains et sert justement… à détruire la biodiversité !

De qui se moque-t-on en nous affirmant avoir pris conscience de l’urgence d’agir face au déclin de la biodiversité ? Entre croissance capitaliste et protection des espèces, le gouvernement a choisi. Son plan est une arnaque ! 

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