Crime industriel de Lubrizol : une semaine riche en révélations inquiétantes

Dès le lendemain de l’incendie du 26 septembre, la CGT proposait au collectif unitaire la mise en place d’une enquête indépendante pour recueillir des éléments d’informations auprès des travailleurs et de la population. C’est dans ce cadre qu’a été dévoilé le 22 octobre, en lien avec le journal le Monde, le résultat d’une étude commandée en 2010 par la Chambre de commerce et d’industrie sur les risques liés à la sous-traitance. 

L’enquête menée notamment auprès de 1 400 travailleurEs de la sous-traitance est sans appel : moins de 10 % de ces salariéEs bénéficient des formations obligatoires en matière de sécurité tandis que leurs patrons indiquaient taire les difficultés et les risques rencontrés auprès des donneurs d’ordre par peur de perdre le contrat. Pire encore a été l’attitude de la direction de Lubrizol et de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), qui bien que présentes lors de sa présentation des résultats en 2010 n’ont pris aucune mesure !

Dysfonctionnements graves

Jeudi 24 octobre, c’est l’audition du directeur des pompiers devant la commission d’enquête sénatoriale qui a fait froid dans le dos. Le colonel a en effet expliqué que l’on est passé juste à côté d’un drame bien plus grave, comprendre des victimes immédiates, si le feu avait atteint le stock de pentasulfure de phosphore. Il a reconnu des dysfonctionnements graves dont un manque d’eau au sein de Lubrizol et de moyens d’extinction à disposition des services publics d’incendie. Puis, c’est le patron de la DREAL qui a reconnu que ses services avaient bien inspecté les entrepôts de Normandie Logistique avant l’incendie, que des dysfonctionnements avaient été constatés mais sans que le préfet prenne les arrêtés pour imposer des mesures de protection contre le risque incendie. Voilà qui vient contredire les propos du préfet et de la DREAL qui, dans les premiers jours, ont présenté Lubrizol comme une entreprise exemplaire alors qu’elle savait pertinemment qu’une partie des stocks était sous-traitée dans des conditions dangereuses chez ses voisins.

Le lendemain, ce fut le retour d’Édouard Philippe à Rouen, accompagné du PDG monde de Lubrizol, pour signer deux conventions d’indemnisation : avec les agriculteurs d’une part, et les entreprises et collectivités d’autre part. Alors que le gouvernement n’arrête pas de rappeler le principe du pollueur-payeur, ces conventions sont en pratique loin de couvrir les dépenses de dépollution ou de perte d’exploitation. Mais surtout, elles excluent toute indemnisation des riverainEs dont les habitations sont polluées, et des travailleurEs dont certainEs ont été contraints de poser des congés ou RTT ou de subir une baisse de salaire avec le chômage partiel, ni de la sécurité sociale qui doit actuellement supporter les coûts des arrêts maladie, des analyses et des consultations médicales.

Vérité et transparence !

C’est sans aucun doute pour éviter les questions qui fâchent que le préfet de région a refusé la présence du représentant de la CGT à la deuxième réunion du comité dit « de dialogue et de transparence » présidé par le Premier ministre, au motif que la CGT aurait une attitude « anti­républicaine » en pointant les responsabilités de l’État au plus haut niveau dans ce crime industriel.

Enfin, face aux multiples critiques sur l’absence de mise en place d’un suivi sanitaire, le gouvernement propose désormais une enquête par questionnaire sur un échantillon de la population exposée, enquête qui ne commencerait au plus tôt qu’en mars 2020 et qui pourrait déboucher plus tard encore sur des analyses sanguines… Autant attendre que les traces de la contamination aient disparu !

Côté mobilisation, après un rassemblement en urgence vendredi matin devant la préfecture avec une centaine de participantEs à l’occasion de la rencontre entre Philippe et Schnur, plus de 500 personnes ont répondu à l’appel du collectif unitaire pour un rassemblement revendicatif et d’information samedi 26 octobre, un mois jour pour jour après l’incendie pour réclamer vérité, transparence et mise en place d’une expertise indépendante sur les causes et conséquences de l’incendie.

Gérald Le Corre

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