Après le Dieselgate, voici le Monkeygate

Après avoir truqué leurs moteurs pour qu’ils paraissent moins polluants lors des tests, les constructeurs allemands persistent et signent. Le nouveau scandale a été révélé le 25 janvier 2018 par le New York Times, qui a fait état d’expériences sur des singes lors d’une étude commandée par l’EUGT (European Research Association for the Environment and Health in the Transport Sector), un organisme financé par Volkswagen, Daimler, BMW et Bosch. Des singes, enfermés dans des cages de verre, inhalaient des émissions d’un véhicule diesel Volkswagen pendant quatre heures. Un modèle récent et un plus ancien étaient ainsi testés.

Il s’agit, selon un membre de Greenpeace Allemagne, d’« une forme pervertie de relations publiques ». Volkswagen voulait en effet répandre l’idée d’un diesel propre, en arguant du fait que les derniers modèles diesel étaient moins polluants.

Or, l’étude menée en 2015 s’est avérée peu flatteuse pour Volkswagen car les résultats des tests montrent que les émissions de véhicules récents sont plus nocives que celles des anciens. Le journal allemand Bild révèle que les animaux ayant respiré les vapeurs du nouveau modèle présentaient davantage de signes inflammatoires. Ce rapport, on s’en doute, n’a jamais été publié. Et les responsables du groupe automobile l’ont contesté, puisqu’il ne répondait pas à leurs attentes.

Ainsi, dix singes et vingt-cinq êtres humains ont été soumis à des tests deux ans après que le diesel ait été classé cancérigène par l’OMS en 2012, et alors que des milliers de personnes meurent prématurément tous les ans en raison des concentrations dans l’atmosphère de dioxyde d’azote, produit notamment par les véhicules diesel.

Les politiques allemands et les dirigeants des entreprises incriminées ont bien sûr poussé des cris d’orfraie en jurant qu’ils n’étaient pas au courant et que c’était indigne et immoral, surtout en Allemagne. On comprend que l’opinion ait été émue. Quelques têtes sont tombées, pour essayer de faire retomber l’émotion.

Mais finalement, rien d’étonnant à cela. Tous les grands industriels, dans tous les pays, agissent de la sorte. L’industrie du tabac fait figure de championne en matière de tricherie et d’empoisonnement volontaire. Elle a depuis des décennies cherché par tous les moyens à repousser, décrédibiliser les études qui démontraient la nocivité des cigarettes. Elle a acheté des scientifiques pour qu’ils aillent dans son sens, caché voire falsifié des études.

Elle a même récemment été pointée du doigt pour avoir, comme les constructeurs automobiles, triché lors des tests en laboratoire. Les filtres des cigarettes sont en effet pourvus de petits trous invisibles permettant, lors d’essais en laboratoire, une dilution plus grande de la fumée dans l’atmosphère et agissant comme un système de ventilation. Mais dans la vraie vie, lorsqu’un fumeur tient sa cigarette, il bouche ces micro-trous et inhale ainsi deux à dix fois plus de nicotine et de goudron qu’indiqué sur le paquet. « Les fumeurs qui pensent fumer un paquet par jour en fument en fait l’équivalent de deux à dix », indique le Comité national contre le tabagisme. Celui-ci a d’ailleurs déposé, le 18 janvier, une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui contre quatre grands cigarettiers.

En réalité, nous voyons tous les jours comment les industriels nous empoisonnent et nous mentent : de Lactalis pour son lait infantile à Servier pour le Mediator, des industriels de l’amiante à Monsanto pour ses produits dits « phytosanitaires » afin de faire oublier qu’il s’agit là encore de poison, les grands groupes sont prêts à tout du moment que ça leur profite. Nous sommes tous exposés à la mauvaise qualité de l’air due en partie aux émissions de diesel, à la malbouffe, aux produits industriels nocifs, aux pesticides.

On ne peut compter sur les pouvoirs publics pour nous défendre de la rapacité de ces géants de l’industrie, car ils sont surtout préoccupés de nous faire les poches pour déverser des milliards dans les leurs. Les lois un peu protectrices ont été arrachées au prix de scandales répétés. A chaque fois cher payés par les cobayes involontaires que nous sommes tous.

Régine Vinon

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.