Roman : Le Corps de Sankara, d’Agnès Clancier

Éditions du Rocher, 180 pages, 18,90 euros. Parution le 11 mars 2020.

Agnès Clancier, dont l’œuvre, à travers ses ouvrages Port Jackson et Outback, disent-ils, était déjà inspirée par l’histoire d’un pays, l’Australie, où elle a vécu quelques années, revient ici, par le biais d’un roman, sur celle du Burkina Faso, où elle a séjourné de 2007 à 2010.

À travers les itinéraires de deux expatriés français, tous deux, non pas en fuite, mais en quête d’une parenthèse, post chagrin d’amour pour Lucie, jeune doctorante en sciences de l’environnement, d’une dernière expérience professionnelle pour Daurat, déçu de la famille, des enfants, mais encore prêt à s’investir dans de nouveaux projets, ici un investissement dans une mine d’or, dans lequel il se lance avec autant de naïveté que de précipitation.

Politique d’émancipation nationale

Tous les deux finalement s’attachent à ce pays, s’adaptent aux conditions matérielles de vie, tissent des liens et s’enrichissent de cette culture au départ si déroutante pour eux.

Aucun des deux n’a les codes et, comme beaucoup d’autres occidentaux remplis de bonnes intentions, ils restent aux marges quoi qu’ils fassent, impuissants à comprendre les ressorts du pays, les courants qui traversent alors la société, et les menaces de toutes sortes qui restent invisibles à leurs yeux, tandis que continue à s’affairer la faune sans scrupule qui pille et pollue l’Afrique. 

Au fil de ce récit ancré au cœur de l’Afrique de l’Ouest, Agnès Clancier nous raconte le rôle qu’a joué Thomas Sankara, devenu président du Burkina Faso lors de la première révolution burkinabé du 4 août 1983, révolution qu’il incarne jusqu’à son assassinat, lors du coup d’État de 15 octobre 1987, qui porte au pouvoir son ami – et traître – Blaise Compaoré. 

Le roman s’achève sur la deuxième révolution burkinabé, en octobre 2014, qui contraint Compaoré à abandonner la tête de l’État, après 27 ans de pouvoir.

Sankara avait mené pendant quatre ans une politique d’émancipation nationale, combattu la corruption et amélioré l’éducation, l’agriculture et le statut des femmes. Son programme révolutionnaire se heurta à une forte opposition des pouvoirs traditionnels et des affairistes et lui coûta la vie. Son corps, jamais rendu par ses bourreaux, traverse le livre comme une icône de la liberté, laquelle échoue sur une nouvelle révolution dont le peuple ne verra pas de sitôt les bienfaits. Malgré les répressions, son influence reste vivace dans une grande partie de la population en quête de mieux vivre et d’émancipation.

Le style d’Agnès Clancier assure une qualité de lecture qui s’ajoute à celle de son sujet. Les livres sur l’Afrique sans caricature ne sont pas légion, profitons-en.

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