Roman : Forêt-Furieuse, de Sylvain Pattieu

Éditions La brune au Rouergue  23 euros, 650 pages.

Le travail de Sylvain Pattieu entremêle des ouvrages historiques, des fictions et des non-fictions, rendant compte de ces vies bousculées que l’on retrouve dans la lutte des ouvriers de PSA Aulnay ou des coiffeuses et esthéticiennes sans-papiers du métro Château-d’Eau à Paris.
Pour ce qui concerne la fiction, Forêt-Furieuse, comme le précédent livre Et que celui qui a soif, vienne, emporte le lecteur dans un maelström de personnages, de lieux, de rebondissements, de dangers, de sexe, de mort, de poésie, de scansion, de références historiques, politiques, d’actualité… sans jamais le perdre, malgré notamment les noms-histoire des personnages : La-Petite-Elle-Veut-Tout-Faire-Toute-Seule ou bien Tout-Le-Fait-Rire ou L’Homme-Il-Sait-S’Amuser-Avec-Un-Bout-De-Craie.

Toutes nos peurs rassemblées
Tout se passe dans une période indéterminée, mais où on roule en pick-up, où les éoliennes produisent l’électricité, où les forêts brûlent, où la lutte des classes bat son plein, où les Supermuslims veulent prendre le pouvoir par les armes sur les Christians. Des enfants éclopés, orphelins, abandonnés, dont les noms racontent un bout de l’histoire ou leurs caractéristiques physiques ou mentales, fuient la Colonie dans laquelle ils avaient été recueillis à travers la guerre et la forêt, volant et tuant sans états d’âme pour survivre, enterrant leurs morts sans pathos, le malheur ça les connait déjà.
Ce livre rassemble toutes nos peurs, les adultes qu’on y trouve sont tous en guerre les uns contre les autres, lutte de classes, de croyances, mais ces enfants, également investis dans une lutte de pouvoir entre « Strongues » et « Bitches », sont des survivants et ont l’intention de le rester tout en découvrant la vie, l’amour, la sexualité, les bains dans les rivières fraîches, la vitesse en voiture et en buvant du rhum arrangé !
Ce livre ne ressemble à rien que nous ayons déjà lu, on ne peut pas le lâcher, sans vraiment savoir où on va, on voudrait une morale, mais non c’est juste un constat, l’homme est toujours un loup pour l’homme, les plus forts essaient toujours d’imposer leur loi mais rien ne décourage la vie, même quand on est un enfant éclopé ou défiguré par elle. La langue et le vocabulaire gardent un rythme effréné, langage populaire et sophistiqué en simultané, on ne touche pas terre et tous les mots comptent.
Sylvain Pattieu, 40 ans, enseignant en histoire à Paris 8 Saint-Denis, a un cœur « grand comme ça ». Ses dédicaces et ses postfaces /remerciements battent tous les records de longueur, ce garçon a une vie remplie d’êtres aimés et l’aimant, certains décédés dont le nom revient de livre en livre, sa mère, son ami Matthieu, de rencontres, de lectures, d’endroits qui l’ont construit, lui et son œuvre et auxquels il continue à rendre grâce.
Catherine Segala

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