Médias et mépris social : un riche, ça ne pleurniche pas, ça domine

La période que nous vivons est très particulière mais tout ne change pas non plus. À la télé comme à la radio, c’est quasi exactement la même parole qu’on entend ou qu’on subit, les mêmes présentateurs, chroniqueurs, éditorialistes, experts économiques ou politiques qui squattent les plateaux. Au point de se dire que cela n’aurait pas été si mal qu’ils soient vraiment confinés, qu’ils respectent une « distanciation sociale » qui nous aurait protégés au moins un peu de l’intoxication idéologique.

Pour illustration, il y a cette petite phrase de Calvi, animateur de discussions sur LCI, sortie tout tranquillement lors d’un échange sur plateau en direct : « La pleurniche permanente hospitalière fait qu’on est en permanence au chevet de notre hôpital ». Cela a fait le « buzz », comme on dit, pour qu’au total Calvi exprime ses « regrets d’avoir pu choquer ». Mais de ses regrets ou excuses, on s’en moque, en vrai, cela n’a pas d’importance.

Caste de privilégiés

Car c’est le mépris d’une caste de privilégiés, d’une classe sociale qui s’exprime ainsi. Avec ou sans excuse, c’est révélé à longueur d’antenne, c’est pensé profondément et ce sera redit à d’autres occasions. Il y a les phrases « choc », celles qui font du bruit, qu’on retient et il y a le discours permanent, les attitudes, les choix d’invités et de thèmes des débats dans leurs émissions dont ils sont si fiers d’augmenter ces temps-ci les audiences.

Les médias s’adaptent à la situation. Tout naturellement. La crise sanitaire leur impose de parler santé, médecine, virus, épidémiologie… et ils invitent donc des professeurs de médecine, des hospitaliers. Mais pour le reste, tout est pareil. On nous gave de la même idéologie libérale, du même nombrilisme et au bout de la même violence d’un système qui écrase les gens.

C’est donc toujours le même regard de ceux d’en haut avec la violence de leurs préjugés et de leur arrogance. Quand est-il question sérieusement, dans leurs heures d’antenne, des conditions de vie des plus précaires, des sans-abris, des migrantEs ? Combien de débats sur le comment garantir la protection des plus fragiles, des logements ou une aide alimentaire ?

S’ils en parlent, c’est pour juger de l’indiscipline des populations qui ne respecteraient par les règles de confinement, c’est pour faire la morale, depuis leur plateau. Mais il faut le reconnaitre, le plus pratique pour eux, c’est d’ignorer comment ça se passe dans les quartiers populaires, dans les prisons surpeuplées, pour toutes celles et ceux qui se retrouvent sans emploi, sans rémunération…

Un exploiteur est « réaliste »

Mais à quoi bon parler de la « pleurniche » des pauvres. Mieux vaut prendre au sérieux celle des riches, des puissants, des possédants. Cela ne porte d’ailleurs plus le même nom, on parle là plus volontiers d’inquiétudes du Medef ou du gouvernement, de craintes pour toute la société, à savoir de la crise économique qui pointe, de la récession historique qui menace.

Ici les craintes des capitalistes sont prises au sérieux, car pour tout ce beau monde, ça ne se discute pas, il faudra bien reprendre rapidement l’activité et donc le travail. Et puis, il faudra bien se préparer à travailler plus, à faire des efforts évidemment, en supprimant des congés, après le confinement pour rattraper le retard.

Ce sont des milliardaires qui parlent ainsi mais c’est relayé par tout bon expert économique libéral. Attention à ne pas confondre : un profiteur ou un exploiteur, ça ne pleurniche pas, c’est « réaliste » et ça pose les vrais problèmes. Et là, pas de « buzz » possible, point de mépris ou de dérapage, il n’y aura pas de Calvi pour oser choquer le milieu patronal. Et il n’y aura pas de regret. L’ordre est ainsi bien gardé.

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