Les oiseaux ne se retournent pas, de Nadia Nakhlé

Chez Delcourt (collection Mirages), 224 pages, 25,50 euros.

Avec son premier roman graphique, paru le 18 mars, deuxième jour du confinement, Les oiseaux ne se retournent pas, Nadia Nakhlé raconte avec beaucoup de poésie le destin d’Amel, une orpheline de 12 ans, et de Bacem, un déserteur qui tentent de quitter leur pays dévasté par la guerre. Ouverte par une strophe du grand poète palestinien Mahmoud Darwich, « Nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir », et refermée par celle d’un autre grand poète, libanais cette fois, Khalil Gibran, « Fiez-vous aux rêves car en eux est caché la porte de l’éternité », le livre nous offre une plongée sombre, poétique et allégorique dans le drame que vivent nombre d’hommes et de femmes aujourd’hui.

Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant qui échappe à la guerre ?

Au moins un quart des personnes exilées en Europe sont des mineurEs isolés. Ils et elles fuient la même barbarie que les adultes. Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant qui échappe à la guerre ? C’est la question qui traverse ce récit. Il n’est pas ici question de choix : le pays est en guerre, les parents ont été tués, les bombardements sont incessants. Amel, avec l’aide de ses grands-parents doit tenter l’exil. Tout est prêt : les papiers, les conseils, ce qu’il faudra dire et ne pas dire, ce à quoi il faudra faire très attention, de qui il faudra se méfier. De privation en humiliation, la jeune fille ne se retourne pas, ne lâche rien. À la frontière, Amel devenue Nina est séparée de la famille qui avait accepté momentanément de l’accompagner. Désormais seule, l’adolescente fait la connaissance de Bacem, jeune soldat déserteur musicien qui joue de l’oud. Solidaires, ils vont surmonter ensemble de nouvelles épreuves, de nouvelles frontières en se récitant des poèmes écrits par le jeune homme ou d’autres traditionnels comme le texte persan de Farid od-din Attar le Cantique des Oiseaux. Amel va apprendre à jouer de l’oud mais la traversée de la Méditerranée sera fatale à leur couple. Amel continue seule avec l’oud de son compagnon. Elle échappera encore à tous les pièges tendus aux jeunes filles et arrivera à Paris….

Le récit, extrêmement touchant, n’est jamais larmoyant. L’auteure, dont c’est le premier ouvrage au long cours, présente un vrai sens du découpage. Elle sait combiner textes et images, inscrit les pensées et dialogues d’Amel directement dans la chair de son dessin en évitant les bulles. Le trait est sombre, souvent dépouillé mais ponctué ici ou là de couleurs vives qui tranchent. Enfin de nombreux motifs orientaux encadrent les allégories aux oiseaux et à l’oud (instrument sacré de tout l’Orient) à la manière des enluminures.

Nadia Naklé écrit, dessine et met en scène des projets poétiques et engagés. Elle prépare un premier long métrage d’animation. Elle signe avec Les oiseaux ne se retournent pas une belle histoire universelle. Elle y plaide pour le partage des cultures et invite à mieux connaître les poètes et la musique d’Orient tout en soutenant les réfugiéEs. Amnesty International et la Cimade soutiennent le livre.

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