Le fond artistique était aussi rouge au 47e festival BD d’Angoulême !

Younn Locard et Florent Grouazel ont remporté le Fauve d’Or du meilleur album de l’année pour leur premier tome de la BD Révolution, liberté 1, lors d’une cérémonie en phase avec l’esprit contestataire de ce 47e festival d’Angoulême (voir notre article page 8). 

Un Fauve d’Or révolutionnaire

Le premier volet de ce récit choral, prévu en 3 tomes, se focalise sur les débuts de la Révolution de 1789 en donnant plus la parole au peuple qu’aux députés et aristocrates déchus. Le vent de la Révolution, à travers un bouillonnement graphique, souffle dans les rues parisiennes de l’époque. Il a soufflé aussi sur la cérémonie de clôture d’Angoulême 47. Une centaine d’auteurEs sont en effet montés sur scène pour faire entendre la voix d’une profession en précarisation aggravée alors que les principales maisons d’édition augmentent ventes et profits. Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval, auteurs du Dernier Atlas 2, ont notamment pris la parole et cité le montant payé (4 000 euros) pour des ouvrages de 200 pages en sélection cette année à Angoulême. Quand c’est assez, c’est assez, comme on l’a vu en 1789 ! Révolution, une BD recommandable qui n’a volé ni son Fauve ni son nom.

Un Fauve du polar pas en reste !

Avec No Direction3, c’est Emmanuel Moynot qui remporte le prix du polar. L’auteur, qui s’est fait connaître du grand public en reprenant le Nestor Burma de Jacques Tardi, obtient donc une première grande consécration. En solidarité avec le mouvement, il est monté sur scène pieds nus et a déclaré qu’il se « sentait plus proche des va-nu-pieds que des chaussures cirées »

D’ailleurs dans No Direction, Moynot suit deux misérables tueurs en série à travers une Amérique crasseuse qui se déglingue. Équipée sanglante et sans espoir, vouée à l’échec et à la violence, No Direction est une comédie humaine. On peut savourer le fait que ce Fauve soit parrainé par la SNCF…

Bien d’autres excellentes BD ont été primées et nous aurons le temps d’y revenir pendant l’année « LBD2020 ». Le palmarès officiel du festival est disponible sur le site www.BDangouleme.com.

Un prix pour le démocrate algérien Nime

Angoulême ne serait plus Angoulême sans ces centaines de petites maisons d’édition indépendantes et les animations et récompenses « off de off ». Cette année, c’est un dessinateur satirique algérien, Nime (Benabdelhamid Amid), formé à Angoulême et sorti des geôles des militaires algériens grâce à une campagne menée par le CNBDI, qui a reçu un prix très symbolique. Libéré le 2 janvier, le dessinateur du quotidien el Watan a pu se rendre à Angoulême et ne souhaite qu’une chose : « retourner au combat » et se servir de son prix comme bouclier contre la censure.

Emmanuel Guibert, Grand Prix 2020

Trois années de suite, il est arrivé en tête du premier tour, mais s’était fait coiffer d’un fil au second par Richard Corben en 2018 et la mangaka Rumiko Takahashi l’an passé. La troisième a été la bonne, et Emmanuel Guibert n’a pas caché sa satisfaction en poussant la chansonnette pour dérider les « officiels ». De Soldat Alan au Photographe, Emmanuel Guibert est un auteur à la carrière exemplaire et engagée. 

Des expositions à couper le souffle

Les amateurEs de la série Walking Dead se sont précipités à la médiathèque Alpha pour retrouver leur frayeur et aussi l’espoir d’un monde meilleur. L’auteur Robert Kirkman et son dessinateur Charlie Adlard étaient présents. Ils ont été choyés et étaient eux-mêmes soufflés par la virtuosité de la mise en scène. Exposition éphémère hélas. Heureusement, bien d’autres expositions vont se prolonger dans les différents musées d’Angoulême. À suivre donc.

Sylvain Chardon

  • 1. Une BD Actes Sud, 336 pages, 26 euros.
  • 2. Le dernier Atlas , une BD Dupuis, 205 pages, 24 euros. Voir l’Anticapitaliste du 19 décembre.
  • 3. Une BD Sarbacane, 160 pages, 24 euros.

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