La Révolution communaliste, d’Abdullah Öcalan

Préface d’Olivier Besancenot. Éditions Libertalia, 2020, 252 pages, 10 euros.

Comme l’on sait, Öcalan est le fondateur du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, emprisonné en Turquie depuis une vingtaine d’années. Ce recueil de textes rédigés en prison entre 2008 et 2017 documentent l’évolution du révolutionnaire kurde, d’un « marxisme-léninisme » autoritaire et nationaliste, vers une nouvelle conception, d’inspiration libertaire : le communalisme, ou confédéralisme démocratique, qui trouve dans le Rojava, région kurde autonome au nord de la Syrie, un début d’application.

Anti-étatisme

Curieusement, Öcalan parle très peu de cette passionnante expérience dans les écrits ici rassemblés. Elle est par contre longuement évoquée dans l’introduction rédigée par notre camarade Olivier Besancenot. Les révolutionnaires kurdes du Rojava tentent de réaliser dans cette région une forme de « confédéralisme démocratique », un projet politique qui revendique son aspiration sociale, démocratique, écologiste et féministe. Ce n’est pas une utopie réalisée mais, malgré les difficultés résultant de la guerre civile en Syrie et de l’occupation militaire turque, une des rares expérimentations humaines en dissidence face aux diktats du capitalisme.

La note dominante des écrits du vieux révolutionnaire kurde c’est l’anti-étatisme. Il a été très influencé par les écrits de l’écologiste libertaire étatsunien Murray Bookchin ; cependant, comme l’observe Olivier Besancenot, on trouve aussi une critique radicale de l’État dans les écrits de Marx sur la Commune : l’anti-étatisme fait parti de l’héritage du marxisme non stalinien.

Le confédéralisme ou communalisme démocratique que propose Öcalan est donc une sorte d’auto-gouvernement de communautés locales, une organisation politique démocratique mais non étatique, qui se veut en rupture avec le capitalisme et son avatar, l’État-nation. Certes, l’État ne pourra pas être aboli d’un trait de plume : la démocratie communaliste vise la réduction du rôle de l’État, jusqu’à ce qu’il devienne obsolète et disparaisse (ce qui, soit dit entre parenthèses, était la position de Marx et d’Engels).

Contre le capitalisme  et le patriarcat

Le communalisme démocratique selon Öcalan se définit comme anticapitaliste : il aspire à un socialisme écologique et une économie axée sur la valeur d’usage et pas sur le profit. Mais il se définit aussi, et même avant tout, comme anti-patriarcat : le principe fondamental du socialisme, écrit-il, c’est de tuer le mâle dominant, ce qui signifie tuer la domination, l’inégalité et l’intolérance, ou encore, tuer le fascisme, la dictature et le despotisme, qui ont tous leur fondement dans l’asservissement des femmes. En d’autres termes : le niveau de liberté et d’égalité des femmes détermine la liberté et l’égalité de tous les autres secteurs de la société. La stratégie révolutionnaire repose donc, avant tout, sur l’auto-organisation des femmes, y compris pour leur auto-défense, sous forme de détachements militaires féminins.

Beaucoup d’arguments de ce livre nous sont proches, d’autres peuvent nous dérouter ou surprendre. Comme le dit Olivier Besancenot dans son introduction : « J’espère que la lecture de cet ouvrage vous troublera autant que moi »… Raison de plus pour le lire !

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