La palme anti-austérité

Enfin une bonne nouvelle que personne, y compris lui-même, n’attendait... Notre ami Ken Loach vient de décrocher la Palme d’or pour son dernier film Moi, Daniel Blake. Il faut dire que ce film et son auteur sont à l’opposé du climat fétide de pacotille qui règne pendant ce festival, où tout le monde semble obsédé par la « montée des marches », le tapis rouge et les habits portés par ce beau monde. Il est vrai que tout cela a peu à voir avec la vie d’un prolétaire anglais âgé, empêché de travailler à cause de son cœur, et confronté à l’absurdité d’une administration sociale...
Lors de la remise de son prix, devant un public un peu effaré, Ken n’a pas hésité à s’en prendre à « un projet d’austérité, conduit par des idées que nous appelons néolibérales qui risquent de nous mener à la catastrophe. Ces pratiques ont entraîné dans la misère des millions de personnes, de la Grèce au Portugal, avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse », ajoutant que « Nous approchons de périodes de désespoir dont l’extrême droite peut profiter. » Et de conclure qu’« un autre monde est possible et nécessaire ».

Cinéaste, Ken Loach a été de tous les combats, y compris historiques, que ce soit avec Land and Freedom pour la révolution espagnole ou Le vent se lève sur l’indépendance de l’Irlande. Militant, il a défendu la cause palestinienne ou dénoncé l’Europe libérale, en particulier son représentant David Cameron. Ainsi, après la remise de son prix, Ken a même ajouté que « ce qui se passe en Angleterre est inacceptable.Le gouvernement néolibéral de David Cameron met fin aux droits des travailleurs et met gravement en danger la démocratie. À travers ce petit film, je veux dire qu’il faut garder espoir et surtout être solidaires ». Et en ce qui concerne la France, il n’a pas hésité à soutenir les candidatEs du NPA à l’occasion de différentes élections.

À presque 80 ans, Ken Loach est resté un militant, et son succès à Cannes est un signe des temps. Les ravages provoqués par la politique des classes dominantes, non seulement en Angleterre mais aussi dans toute l’Europe et dans le monde, révoltent au point de franchir tous les barrages et de trouver des porte-parole au plus haut niveau de la création artistique. Un geste politique qui est un bel encouragement pour toutes celles et ceux qui se battent quotidiennement pour changer un monde injuste et inhumain.

Alain Krivine

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