Joy, de Sophie Alour

1 CD, Music from source/L’Autre distribution, 12,99 euros.

Les artistes nous réservent souvent des surprises. En octobre 2019, la saxophoniste Sophie Alour nous confiait que son album était quasi sous presse1. Et puis, le voilà qui arrive au printemps, avec un titre, Joy, qui ne reflète ni le contenu de l’album ni la période de sortie mais seulement la joie que les musiciens ont eu à continuer à tourner ensemble et à interpréter encore et encore l’opus en « live » et à l’enrichir de quelques improvisations. Cela valait donc le coup d’attendre cet « oud à la joie » ainsi que l’a qualifié France Culture.

Aux confins du jazz et des musiques orientales

Rappelons qu’en 2019, c’est la situation toujours plus nauséabonde de la France et du monde qui donna l’idée à Sophie Alour de créer l’atelier et le groupe « Exils » en même temps que l’envie d’un saut dans l’inconnu après le retour aux sources qu’avait constitué l’album de reprise de standards Time for Love2.

Joy se situe lui aux confins du jazz et des musiques orientales, Sophie Alour y passe allègrement du saxophone ténor à la flûte immergée dans l’oud magique de l’Égyptien Mohamed Abozékry et de ses sonorités uniques qui signe avec elle toutes les compositions de l’album. La musicienne enrichit sa palette sonore d’un instrument qui l’oblige à prendre des chemins de traverse pour trouver un langage débarrassé des codes esthétiques du jazz car le oud est un instrument qui met l’âme en vibration et impose de trouver un point de rencontre entre les musiques. Avec Joy, nous nous mettons au diapason d’un autre univers.

Le premier thème, « Exil », réunit immédiatement et naturellement, si c’est possible, piano et oud avant de passer à une formation jazz plus conventionnelle où la contrebasse donne le ton. Schéma qui s’écroule immédiatement lorsque l’oudiste s’enfièvre et se met à chanter en lançant un défi au saxophone de Sophie Alour. Si « La chaussée des géants » constitue le titre le plus abouti et le plus enivrant, les quelques minutes d’improvisation qui suivent en duo oud et saxo sont magiques.
Pour ces 13 compositions originales, les deux artistes sont accompagnés de quatre autres musiciens de talent : Donald Kontamanou (batterie), Philippe Aerts (contrebasse), Damien Argentieri (piano), Wassim Halal (derbouka, bendir).

L’album est bien sûr en sélection FIP et peut se télécharger sur n’importe quelle plateforme ou par commande à la Fnac. Il nous faudra en effet attendre encore un peu pour l’acheter chez notre disquaire préféré et pour voir les musicienEs sur scène.

  • 1. Voir l’Anticapitaliste n°491 (3 octobre 2019).
  • 2. Time for love, un CD Music from source, voir l’Anticapitaliste n°429 (10 mai 2018).

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