Coup de blues pour « Jazz in Marciac »

Père emblématique de la famille Marsalis mais aussi formateur de toute une génération de musiciens1 à La Nouvelle-Orléans, Ellis Marsalis est décédé du coronavirus le 1er avril. Il était âgé de 86 ans et était un habitué de Marciac, tandis que son fils, le trompettiste Wynton, en était le parrain et la figure emblématique. Ellis, pianiste et enseignant, a figuré sur des dizaines d’albums tout au long d’une carrière de plusieurs décennies. Pianiste cultivé, discret et exigeant, il était doté de ce swing authentique et de ce sens du blues qui caractérisent les Louisianais « pur jus ».

Outre Wynton, il était également le père du saxophoniste Branford, du tromboniste Delfeayo et du batteur Jason Marsalis. Une très grande famille du jazz est donc en deuil avec tous les musiciens et amateurs de jazz de la planète.
Mourir un 1er avril n’était pas qu’une mauvaise plaisanterie mais un signal de mauvais augure pour les organisateurs du festival de Marciac qui se préparaient déjà à contrecœur à l’annulation.

Une annulation qui pointe bien les incohérences du gouvernement !

La 43e édition du festival, qui devait se dérouler du 24 juillet au 15 août 2020, est donc annulée2. Avec un début de festival fin juillet, les organisateurs conservaient un mince espoir que le gouvernement a balayé en repoussant la borne à fin juillet.

« Une annulation dans la dernière ligne droite compromettrait bien plus qu’une édition du festival, elle mettrait en péril son existence même.
Fermées, les frontières de l’espace Schengen empêchent tout à la fois d’accueillir de nombreux artistes et de recevoir du matériel indispensable pour l’organisation des concerts… Depuis le début de son histoire, le jazz rassemble toutes les différences sous sa bannière. Il offre à tous les publics de la joie et du réconfort. Nous ne voulons pas imaginer un festival interdit à telle ou telle catégorie de population », déclarent les organisateurs dans un communiqué. Pis, ils constatent aussi être « dans une situation de cas de force majeure que l’État se refuse à acter, pour des raisons qui nous échappent, mettant ainsi en difficulté nos structures qui encourent le risque de ne plus être en capacité d’exister dans l’avenir. »

Sauver la culture !

Le domaine de la culture, plus que nécessaire, vital, paie un lourd tribut à cette épidémie sans que le gouvernement ne s’en émeuve vraiment. Les intermittentEs se sont déjà largement manifestés et continuent à le faire. Ils et elles sont aujourd’hui soutenus par les « grands » du spectacle (voir l’appel publié dans le Monde du 1er mai) mais aussi par les patrons du secteur.

Oui MM Macron et Philippe, vous arrosez de milliards d’euros, sans contrepartie, des firmes qui polluent et emploient moins de gens que le secteur culturel. Allo, y a-t-il un ministre de la Culture ? La mobilisation va s’amplifier dans les prochains les jours et plus encore après le déconfinement Medef du 11 mai.

  • 1. Il aura formé à la musique (et non au seul jazz) plusieurs générations de musiciens, de Harry Connick Jr. à Terence Blanchard sans oublier toute sa famille.
  • 2. Il serait trop long de citer tous les évènements annulés. Citons, parmi d’autres, le « Blues Passion » de Cognac début juillet. Le festival BD de Martel est quant à lui reporté à l’automne.

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