Bienvenue à Sturkeyville, de Bob Leman

Traduit de l’anglais par Nathalie Serval, éditions Scylla, 184 pages, 20 euros.

«À Sturkeyville, il y a une dizaine d’années, vivait un certain Harvey Lawson, dont la femme était un ver. » C’est sur cette phrase que s’ouvre la première nouvelle de Bienvenue à Sturkeyville, un des meilleurs recueil de nouvelles fantastiques récemment parus. Les petites éditions indépendantes Scylla nous permettent de découvrir un auteur presque inconnu, Bob Leman, dont seules quelques nouvelles avaient été publiées en français dans des revues autour des années 1980.
Vampire, monstres indicibles, maison hantée

Voici donc six histoires ayant comme seul point commun de se dérouler à Sturkeyville, centre industriel du comté de Goster, dans les Appalaches. Bien écrits et bien traduits par Nathalie Serval, les textes sont efficaces et agréables à lire. Notons que, superbement illustré par Stéphane Perger et Arnaud S. Maniak, c’est un très beau livre qu’on a plaisir à voir.

Le fantastique abordé dans les différentes nouvelles est varié et ne se ressemble pas : vampire, monstres indicibles, maison hantée… Lovecraft est une référence évidente avec laquelle s’amuse l’auteur dans deux des nouvelles, l’accroche percutante de la première étant peut-être un autre hommage. Mais il y a une unité de ton toute personnelle à Bob Leman et les histoires sont liées par davantage que le lieu.

D’abord un attachement aux choses matérielles : l’argent et son importance y apparaissent clairement, la plupart des protagonistes appartenant à la bourgeoisie industrielle. La description des rapports de possession et des liens dynastiques y est précise et sans pitié, jouant un rôle dans la majorité des intrigues. Mais ne nous enflammons pas, on y trouve peu de marxisme. Peut-être le seul bémol du recueil, une réflexion limite sur l’aide sociale.

Ce côté matérialiste se retrouve dans le fantastique : le monstrueux n’est pas suggéré, il est présent et décrit méticuleusement. Car l’horreur vient surtout de la solitude, du désespoir et de l’enfermement. En fait de monstres, on est ramené à la détresse ordinaire et humaine des sentiments.

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