Algues vertes, l’histoire interdite, d’Inès Léraud et Pierre Van Hove

Éditions Delcourt et La Revue dessinée, 160 pages, 19,99 euros.

Il faut absolument lire Algues vertes, l’histoire interdite. D’abord parce que c’est une excellente BD, construite comme un polar, avec son lot de victimes, ses héros et héroïnes visionnaires, ses fonctionnaires – et élus – corrompus, ses personnages obscurs, et sa journaliste qui cherche à faire triompher la vérité et que « l’on » cherche à faire taire… Le récit, précis et magistral, est servi par un dessin, au trait simple et explicite, qui dévie parfois doucement vers la caricature – mais là ce sont les personnages eux-mêmes qui la provoquent ! – et une mise en couleurs qui évoque étonnamment effluves et émanations, jusqu’à la nausée.

Réquisitoire contre le productivisme agricole

Mais il faut également lire ce livre car il est le fruit d’une enquête minutieuse et implacable que l’auteure a conduite sur le terrain, au contact des acteurEs locaux. Ici, la réalité dépasse la fiction et le livre révèle toutes les coulisses de l’histoire vraie des algues vertes. Il désigne les responsables, l’agriculture intensive, les élevages porcins, leurs agents et leurs commanditaires, les patrons des trusts agroalimentaires et de la distribution, les protections dont ils bénéficient, au nom des intérêts majeurs de « l’économie », du « tourisme », de la part de l’administration, du côté des préfectures, des services sanitaires, de la police, de la justice… et de certains élus, dont Le Drian, alors président socialiste du conseil régional, actuel ministre de la Macronie ! C’est aussi l’histoire des pressions permanentes visant à faire taire les témoins, à dissimuler les preuves, allant jusqu’à la menace à l’encontre des militantEs et des journalistes. C’est un très efficace réquisitoire contre le productivisme agricole, contre le capitalisme, dirions-nous dans ces colonnes. Les planches double-page sur le lobby breton, façon « Où est Jean-Yves ? », donnent un panorama édifiant des accointances des politiques et de certains fonctionnaires avec les patrons et les tenants du productivisme pollueur !

C’est bien l’histoire d’une politique criminelle qui, du remembrement à la prolifération des sinistres ulves, en plus de détruire notre littoral, de transformer les grèves de Bretagne en sites Seveso, a conduit à la mort des animaux, cheval, chiens, ragondins, sangliers, mais aussi quelques personnes dont le plus connu est certainement Thierry Morfoisse, conducteur de camion qui travaillait à ramasser les algues vertes. C’est enfin un bel hommage aux « lanceurEs d’alerte », comme l’urgentiste Pierre Philippe, qui ont, sans relâche, fait sortir cette affaire, et aux militanEs, comme Yves Marie Le Lay et André Ollivro, bien connus du NPA breton, qui ont combattu ce système et le combattent encore.

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