Contre Macron et le gouvernement, la censure passera par notre mobilisation !

Après Mitterrand et Jospin, les dirigeants du Parti socialiste se sont donc une nouvelle fois lamentablement dédits de leur grandiloquentes déclarations sur la Ve République, décriée hier ou avant-hier comme « coup d’État permanent » et autres formulations ronflantes pour fin de congrès socialiste, à l’usage d’électeurEs pris pour des gogos...

Ainsi l’utilisation du 49-3 a permis à Hollande, Valls et Macron, de passer par-dessus les hésitations philosophiques et calculs politiciens des opposantEs de pacotille que constituent les « Frondeurs », et autres politiciens écologistes et députés du Front de gauche, qui continuent à se définir comme force de construction et non clairement d’opposition...
Parlementaires, médias et pseudo-opposants ont donc réussi à polariser l’enjeu de la loi Macron autour des questions du travail du dimanche et du soir, laissant dans l’ombre les questions frappant l’ensemble des salariéEs, des éléments essentiels du droit du travail. Mais, surtout, les seuls dont le gouvernement a bien voulu prendre en compte – partiellement – les revendications auront été les notaires, huissiers et autres amis supposés d’un pouvoir en recherche de base sociale.

Fatalisme et attentisme
Ce qui reste frappant, c’est la discrétion des mobilisations au moment des débats et votes autour des attaques concordantes contre les droits des salariéEs. Recul des obligations patronales et affaiblissement des droits des salariéEs dans le cadre des PSE, attaques contre les prud’hommes, dépénalisation du droit du travail, représentent un ensemble de reculs qui vont rendre encore plus difficile la défense des droits des salariéEs. La journée de mobilisation du 26 janvier, portée pendant longtemps par la seule intersyndicale du commerce parisien, avec le tardif ralliement de structures CGT, Solidaires, FSU et FO, a montré les limites d’une riposte qui reste à construire.
La polarisation médiatique sur le travail du dimanche et de nuit ou les professions réglementées n’est pas seule en cause dans ces difficultés de mobilisation. Les salariéEs ne se sentent qu’indirectement concernéEs par des attaques qui visent les institutions représentatives du personnel, les juges prud’homaux ou les conditions de recours juridiques individuels. L’efficacité des protections mises en cause paraît de moins en moins évidente au fil des PSE, fermetures de sites, liquidations d’emplois qui rythment et façonnent le ­paysage social depuis des années. Les échecs récurrents des mobilisations sur les retraites rendent attentistes les salariéEs face à ces attaques globales.
Ces doutes et interrogations font d’ailleurs également partie des explications à la crise ou plutôt aux crises traversées par la CGT, crises que l’on ne saurait réduire à la personnalité de Lepaon, ni même seulement aux questions de transparence ou de démocratie. Il s’agit aussi et surtout d’une crise d’orientation politique, de positionnement par rapport au gouvernement, de mode de construction des mobilisations. Alors que la CFDT, la CFTC et la CGC s’alignent complètement sur les politiques patronales et gouvernementales, Solidaires et la FSU justifient leur discrétion par le bilan des dernières grandes mobilisations.

S’appuyer sur les mobilisations
Les grèves à Leroy-Somer, Sanofi, au Bon Marché et bien d’autres, le développement significatif de luttes sur les salaires autour des Négociations annuelles obligatoires (NAO) – même avec des objectifs souvent limités (maintien de l’intéressement, de primes diverses, augmentations salariales de faible ampleur…) – montrent pourtant une disponibilité et une volonté de lutte autour d’objectifs qui paraissent atteignables. À la SNCM, chez MetalTemple, les coups de colère contre les fermetures de sites et plans de licenciements envoient des signaux semblables.
Les questions posées par la loi Macron, les projets gouvernementaux sur la démocratie sociale et les seuils sociaux, les retraites complémentaires ou la loi dite Touraine sur la santé sont d’une autre dimension. Si la date du jeudi 9 avril initiée par la CGT peut fournir un relais de dimension nationale, les offensives patronale et gouvernementale imposent la construction de mobilisation dans la durée, s’appuyant sur des grèves. C’est donc dès maintenant que partout, en relayant les luttes existantes, doit être affirmée la nécessité d’une riposte d’une tout autre ampleur.

Robert Pelletier

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