CGT : l’homme malade du syndicalisme ?

Valls l’a répété la semaine dernière, qu’il s’agisse des intermittentEs ou des cheminotEs, « partout, c’est la même chose : il y a un problème avec la CGT ». Ainsi, pour les intermittentEs, « la CGT avait jugé bon l’accord. Puis elle a refusé de le signer parce que la CNT et la Coordination l’ont rejeté, alors que FO et la CFDT l’ont signé. (…) L’extrême gauche radicalise le débat social, ce qui oblige la CGT et le Parti communiste à suivre pour ne pas laisser le champ libre à Mélenchon. »

Pour le secrétaire d’État chargé des transports, Cuvillier : « C’est d’abord à la CGT des cheminots de savoir où elle en est et quelle est aujourd’hui son identité »... Analyses partielles et partiales qui masquent mal la haine que ces gestionnaires dociles au service du patronat vouent à la grève, aux grévistes, à tous celles et ceux qui osent résister. Gouvernement et patronat ne supportent pas que des militantEs CGT soient engagés dans les mobilisations contre leurs politiques.

Une réforme déjà signée...
Il est vrai qu’au plus haut niveau de la Confédération des gages ont été donnés au gouvernement dans le dossier de la privatisation de la SNCF. Ainsi, lors de la présentation en juin 2012, au Conseil économique social et environnemental (CESE) de l’« ouverture à la concurrence des services ferroviaires régionaux de voyageurs », le représentant de la CGT déclarait : « Le projet d’avis conjugue enjeux sociaux, économiques et environnementaux et a été construit en tenant compte des riches échanges. C’est pourquoi la CGT votera le texte ». Il faut dire qu’une bonne partie de la présentation avait été faite par…Thierry Lepaon en ces termes : « Comme le dit le projet d’avis, si l’on veut que l’expérimentation d’une ouverture à la concurrence soit réussie, il convient de faire en sorte que l’opérateur historique et ses salariés s’y reconnaissent. (…) Il conviendra de laisser aux régions volontaires (…) le soin de définir le rythme et l’étendue de l’ouverture à la concurrence ». Une vraie leçon de dialogue social !
Pas étonnant que dans ces conditions de nombreux militantEs CGT cheminots aient défendu l’idée de l’impossibilité de faire reculer le gouvernement. Pour ces militantEs, la grève ne pouvait imposer le retrait du projet, faute de relais politique suffisant. Les appels à la grève, y compris reconductible, n’étaient conçus que comme un moyen de valorisation des propositions des parlementaires du PCF (les amendements Chassaigne) et surtout sans l’idée de se battre pour gagner.

Dialogue social « à froid »
La grève des cheminotEs est une parfaite illustration de la réalité de la CGT d’aujourd’hui. Une direction en forme de tête d’épingle, où la politique du dialogue social « à froid » a pris le pas sur celle du PCF où les luttes étaient au service des méandres de sa politique. Les appareils intermédiaires sont beaucoup plus pluriels, entre les courants traditionnels nostalgique des périodes « classe contre classe » du PCF et affichant une certaine radicalité et des courants qui cherchent une alternative mêlant démocratie, refus du dialogue social et confrontation sociale.
L’absence de toute tradition de débat démocratique rend souvent illisible et/ou imprévue la concrétisation des désaccords. C’est ainsi que Thibault avait pu être mis en minorité en 2005 sur le Traité constitutionnel européen, et que des débats sur la formation professionnelle ou la presse du syndicat peuvent être tendus, voir houleux. Sans oublier l’élection de l’actuel secrétaire général qui a donné lieu à une grande cacophonie pour un résultat désastreux.
Aujourd’hui, le risque, c’est qu’une bataille, une coalition anti-Lepaon ne masque les vrais enjeux de l’orientation de la CGT : l’existence d’un syndicalisme de résistance, opposé à l’accompagnement des politiques patronales et gouvernementale tel que le pratique la CFDT. Un syndicalisme qui combatte l’austérité et s’oppose au gouvernement.

Robert Pelletier

Dis moi qui tu hais…
Un sondage, « habilement » effectué pendant la grève des cheminotEs, l’affirme : « la CGT et Thierry Lepaon très impopulaires ». Les sympathisants de gauche sont une majorité à avoir une bonne opinion de la CGT (57 %). C’est le cas de presque tous les sympathisantEs plus à gauche que le PS (89 % de bonnes opinions), mais pas celui des sympathisantEs socialistes, qui sont 60 % à en avoir une mauvaise opinion. Les sympathisantEs de droite ont presque tous une mauvaise opinion de la CGT (89 %), même si les sympathisantEs FN (72 %) sont moins hostiles que ceux de l’UMP (93 %). Au contraire, la CFDT est très largement préférée (48 %) à la CGT et à Force ouvrière (à 17 %) et seuls les sympathisantEs plus à gauche que le PS préfèrent nettement la CGT aux deux autres (58 %, contre 24 % préférant Force ouvrière et 17 % préférant la CFDT). 
R.P.

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