C’est la faute au coût du travail !

Le « modèle allemand » que gouvernement et patronat nous vantent tant n’est qu’un faux prétexte pour mettre en cause le coût du travail et imposer de nouvelles régressions sociales.

La crise est loin d’être terminée. Elle s’accentue de jour en jour et sert de prétexte aux dirigeants européens pour mettre en place plans d’austérité sur plans d’austérité et trouver des boucs émissaires pour tous les maux : les travailleurs. L’Allemagne est souvent prise comme modèle par le patronat et le gouvernement français pour mettre en place de nouvelles régressions sociales. 
Aujourd’hui encore on n’y échappe pas : si la France a une croissance (+0,6 %) plus faible que l’Allemagne (+2,2 %), c’est forcément la faute du coût du travail. Selon la présidente du Medef, Laurence Parisot, le coût horaire de la main-d’œuvre, tous secteurs confondus, s’élèverait à 37,41 euros en France contre seulement 30,2 en Allemagne. Démontrant ainsi que les cotisations sociales, la durée du travail sont de véritables fardeaux pour les entreprises et plus largement pour notre économie. Idée reprise rapidement par le nouveau chef de fil des parlementaires UMP, Christian Jacob, qui propose d’abaisser les « charges sociales » qui, selon lui, ne seraient payées que par une minorité et d’augmenter la TVA car « c’est ce qui a été fait en Allemagne et qui a très bien marché ». Sauf que la TVA est l’impôt le plus injuste socialement et que son augmentation aurait un impact sur la consommation, ce qui consisterait à détruire définitivement notre protection sociale.
Mais l’Insee vient de révéler que les chiffres avancés par le Medef sont erronés. L’institut a recalculé les coût horaires de la main-d’œuvre dans l’industrie : il s’élève en réalité à 33,16 euros en France et 33,37 euros en Allemagne.
Au-delà de ces calculs d’experts, on voit de nouveau comment le patronat et le gouvernement se servent de la construction européenne : en divisant les salariés entre eux. Et derrière cette nouvelle polémique, le Medef s’attaque une fois de plus au temps du travail, aux salaires, au niveau des cotisations sociales et cherche, comme en Allemagne, à transférer une partie de cette « charge » (surtout celle relevant de la santé) sur la TVA. En exonérant ainsi le patronat d’une partie du salaire, il en reporterait la charge sur l’impôt le plus socialement injuste.
Chaque jour, de plus en plus, le prix de « la crise » et de « la croissance » est d’abord payé par les salariés, les précaires, les chômeurs, les retraités qui survivent au lieu de vivre. Il est urgent de changer la donne. Pour cela, il faut prendre sur les profits. En 2010, les principaux PDG du CAC 40 ont dégagé 85 milliards d’euros de profits pour 2010 dont près de la moitié va continuer à gonfler la fortune des gros actionnaires. Contrairement à ce que le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, suggère, augmenter les salaires, les cotisations sociales, les retraites et les minimas sociaux de tous et toutes et en finir avec les exonérations sociales ne serait pas une « bêtise » mais permettrait entre autres d’améliorer la protection sociale, l’assurance-chômage, les retraites... 
Les grèves de ces dernières semaines en France comme en Allemagne mais aussi en Grèce, montrent que la question des salaires devient une revendication centrale pour de nombreux salariés européens qui refusent toujours de payer la crise des capitalistes !
Sandra Demarcq

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