Cahuzac : une affaire exemplaire

Selon Mediapart daté du 4 décembre, Jerôme Cahuzac, ministre du Budget et héraut de la fraude fiscale, aurait détenu pendant plusieurs années un compte bancaire non déclaré 
à l’Union des banques suisses (UBS) de Genève. Compte fermé en 2010 quelques jours avant de devenir président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Les avoirs auraient été transférés à Singapour. Un nouveau scandale si banal…
A peine publiées, les informations de Mediapart ont été fermement démenties par le ministre du Budget. Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale le 5 décembre dernier, il a même été jusqu’à affirmer devant ses pairs, n’avoir « jamais eu de compte à l’étranger ».


Solidarité de classe
Depuis le début de l’affaire, le gouvernement « fait confiance » à Cahuzac et lui témoigne un soutien sans faille, même si ces derniers jours cette affaire devient de plus en plus embarrassante pour un gouvernement fragilisé de toutes parts. Le Parti socialiste lui-même est monté au créneau et de façon très virulente pour défendre l’une des pièces maîtresses de la rigueur de gauche, allant même jusqu’à dénoncer les informations de Mediapart et ses méthodes. À l’opposé de leur attitude quand ce même média avait dénoncé les affaires Karachi ou encore Bettencourt sous Sarkozy.
Plus surprenant au premier abord, Cahuzac a été également soutenu et défendu par certaines « personnalités » de droite comme Eric Woerth. Rappelons que ce dernier en pleine tourmente avait reçu l’appui de Cahuzac qui, au moment de l’affaire Bettencourt, avait dit qu’il n'y avait « ni affaire Woerth ni affaire Bettencourt », estimant même qu’Eric Woerth était « un honnête homme ». Mieux encore, dès sa nomination au Budget, Cahuzac a commandé un rapport à un « expert » soi-disant indépendant sur la vente de l’hippodrome de Compiègne. Un rapport qui, comme par enchantement, blanchi Woerth, alors que celui de la Cour de justice de la République l’accable.

Du même monde…
Cette première affaire politico-­financière sous Hollande montre que le PS est aujourd’hui profondément intégré dans la classe dominante, dans les élites économiques, politiques et administratives. Pour les possédants, les dirigeants socialistes sont des leurs. Ils ont certes parfois des désaccords, des débats avec eux, mais ils sont de leur monde. Cahuzac, entretenant entre autre des relations très étroites avec l’industrie pharmaceutique, en est la parfaite illustration. 
Alors que le candidat Hollande avait promis que « l’exemplarité serait le premier changement », cette première affaire montre que les mots ne sont pas suffisants.

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