Boues rouges : raison industrielle ou raison financière ?

Afin de traiter le minerai de bauxite pour produire de l’alumine, l’usine ex-Pechiney de Gardanne (13) a déversé pendant 50 ans plus de 30 tonnes de déchets toxiques dans le golfe de Cassis, aujourd’hui devenu partie intégrante du parc national des Calanques. Ces effluents connus sous le nom de boues rouges, contiennent des métaux lourds : titane, chrome, plomb, mercure, arsenic, cadmium.

Cette pratique industrielle aurait dû se mettre en conformité avec la convention de Barcelone visant à protéger l’environnement marin. Rien n’a été fait. Mais l’ex-ministre de l’Écologie Delphine Batho avait signifié par courrier l’obligation d’arrêt de ces rejets au 31 décembre 2015.
Aujourd’hui, après 30 millions d’euros d’investissement, l’entreprise Altéo, actuelle propriétaire du site, indique qu’un nouveau dispositif va être activé, ce qui devrait réduire l’émission des rejets, et déclare : « l’impact sera très négligeable, limité à quelques mètres du tuyau. Il y aura à peine quelque traces de métaux dissous ». Ce n’est pas l’avis de l’universitaire Olivier Dubuquoy qui dénonce : « les travaux du comité scientifique de l’entreprise utilise des protocoles fantasques ». En tout cas, l’entreprise refuse de se soumettre aux normes actuellement en vigueur pour les rejets en eau douce et refuse d’envisager des solutions alternatives.

Pression du lobby industriel
Pourtant le conseil d’administration du parc national des Calanques vote le droit de continuer les rejets pendant 30 ans supplémentaires. Les arguments sont peu convaincants. Le parc ne serait pas un parc comme les autres, vu son environnement industriel et urbain. Les rejets seraient entraînés directement à 300 mètres de profondeur où il n’y aurait pas d’espèces vivantes. Archi faux !
Sur les 48 membres du conseil d’administration du parc national, 30 ont plié devant le lobby industriel et la menace de 400 licenciements. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Pour le maire PCF de Gardanne, « la vraie pollution, c’est le chômage ». Le député EÉLV de la circonscription, Lambert, se satisfait, lui aussi, des promesses d’Altéo, alors que Michèle Rivasi, députée européenne d’EÉLV s’oppose à la poursuite des rejets ! Jolie confusion...

Accepter les exigences d’Altéo pour protéger l’emploi ?
Depuis que l’usine de Gardanne a été vendue sur le marché mondial, aucune stratégie industrielle n’a été élaborée. L’emploi est en régression. Les profits des actionnaires sont le seul horizon. Les investissements se font a minima.
Obliger Altéo à investir pour respecter les normes environnementales, c’est l’obliger à choisir une stratégie industrielle durable. Car il existe une alternative. Traiter les rejets pour les valoriser en matériaux inertes, utilisables, et concentrer les métaux lourds et les effluents toxiques afin de les réinjecter dans les processus de fabrication. Une économie circulaire qui ne prenne l’environnement ni pour une poubelle ni pour une ressource infinie et qui créerait des emplois.
La ministre de l’Écologie Ségolène Royal a décidé de s’opposer à la poursuite des rejets en Méditerranée. C’est bien, mais cette décision sera-t-elle durable ?

E. Diaques & JL. Marchetti

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