Blois (41) : la contestation aux Rendez-vous de l’histoire

Les Rendez-vous de l’histoire de Blois constituent un événement important pour les historienEs, chercheurEs, enseignantEs du secondaire, militantEs associatifs, syndicalistes. Le public y est très nombreux et témoigne d’une grande demande sociale d’histoire. Cette année, le thème du festival était « Les rebelles »...

Le conseil scientifique a appris cet été par la presse que Marcel Gauchet en ferait la conférence inaugurale, sans débat, donnant le ton à l’édition. Une véritable provocation ! Peu connu du grand public quoique très sollicité par les médias, Marcel Gauchet est un penseur réactionnaire, opposant virulent aux mouvements sociaux. L’un de ceux qui disent aujourd’hui que les questions posées par le FN sont de bonnes questions à aborder sans tabou, que « l’immigration » est l’un des problèmes majeurs de notre société, un penseur sexiste qui déplore le « matriarcat psychique » né des années 1968.
Ce choix a procédé d’une décision unilatérale de Jean-Noël Jeanneney qui préside ce festival (ancien secrétaire d’État, il a aussi été président de la Bibliothèque nationale de France et de Radio France).

La rébellion s’invite
En réaction, un travail collectif s’est élaboré, une pétition recueillant 240 signataires dans le milieu somme toute restreint des historienEs. Un « off » réunissant 70 personnes s’est aussi tenu à Blois : des universitaires, des profs du secondaire, des militantEs syndicaux et associatifs, des éditeurs, à la Bourse du travail. ChacunE a pu y prendre la parole, brisant le dispositif classique des universitaires supposés savoir et du public réceptif mais passif. Des liens se sont noués, avec entre autres le projet d’écrire un livre, mais aussi d’organiser un vrai « off » à Blois l’année prochaine, axé sur une histoire critique et engagée.
En face, la réaction a été violente. Jeanneney a parlé de « fatwa », d’initiative « fétide » rappelant « les heures les plus sombres de notre histoire ». Gauchet a publiquement appelé les signataires à démissionner de leurs postes de chercheurs.
Premier ministre « rebelle », Manuel Valls est lui aussi venu à Blois pour parler du « rebelle » Clemenceau… Des camarades intermittentEs sont intervenus publiquement depuis la salle pour évoquer leurs revendications. Ils ont été rapidement sortis par les flics et interpellés.
Comme quoi, on peut bien causer des rebelles, de Spartacus à Rosa Luxemburg, dans des fauteuils confortables, mais quand la rébellion s’invite au présent, l’ordre policier reprend ses droits. Évidemment.

Correspondante

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