Besancenot : “Il faut réserver à Hollande le sort qu’on réservait à Sarkozy dans la rue”

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INTERVIEW parue sur jejdd.fr - Olivier Bensancenot, membre de la direction du NPA et employé de La Poste, dénonce la volonté de faire travailler des facteurs le dimanche.

Le JDD révélait cette semaine que La Poste voulait proposer aux facteurs de travailler le dimanche 20 décembre, qu'en pensez-vous?
C'est exactement dans la lignée de la loi Macron. C'est un pas vers la généralisation du travail le dimanche. On propose une exception, avant de la transformer en règle. Ce qui se passe à La Poste, si tant est que ça passe, n'est qu'une illustration supplémentaire de cette volonté de faire travailler les gens plus longtemps. La Poste supprime des emplois et demande en même temps à ses salariés de travailler plus longtemps. Cherchez l'erreur.

Pour l'instant il ne s'agit que de travailler le dimanche avant Noël pour livrer des colis.
Ce n'est pas une gentille opération père Noël. C'est une opération politique pour tester les syndicats et les employés et savoir si, oui ou non, ils sont prêts à travailler le dimanche.

En réaction à cette décision de La Poste, vous aviez écrit sur Twitter qu'il ne fallait pas "s'étonner que des chemises s'envolent le lundi".
Oui, parce que c'est du foutage de gueule. Quand vous êtes à l'intérieur de l'entreprise et que vous faîtes tous les efforts pour maintenir l'emploi, qu'on vous dit qu'il n'y a pas assez d'activité pour maintenir tous les postes, mais qu'en même temps on vous propose de travailler le dimanche, ça commence à irriter. On sent une colère. 

La CGT a manifesté son désaccord en boycottant la conférence sociale, est-ce la bonne solution selon vous?
Boycotter ce genre de mascarade, c'est la moindre de chose. Il faut trouver une riposte à apporter à la politique du gouvernement, à ce type de conférence sociale. J'aimerais retrouver le mouvement syndical unifié pour lutter contre tous les mauvais coups qui sont annoncés.

Vous avez du mal à protester contre le gouvernement? 
Des protestations locales il y en a beaucoup, il y en a à La Poste, à Air France, dans les hopitaux, dans les boîtes du privé qui résistent face aux licenciements. Le problème, c'est de les coordonner, de les unifier. Une mobilisation nationale fait défaut.

Comment avez-vous accueilli les annonces de François Hollande sur la simplification du droit du travail ou le compte personnel d'activité?
C'est de la poudre aux yeux. La simplification du droit du travail, c'est une touche supplémentaire de cette remise en cause générale du droit du travail qui est la politique actuelle du gouvernement. On s'attaque au contrat du travail, au code du travail, aux inspecteurs du travail, aux prud'hommes... Toujours dans la même idée : il faudrait simplifier les choses pour permettre aux employeurs d'employer plus facilement. Les demandes patronales sont entendues comme jamais mais il n'y a pas d'avantage d'emploi à la clé.

Philippe Martinez dit que sur ce sujet là, Hollande est dans la même lignée que Sarkozy. Vous êtes d'accord?
Oui, et il ne faut pas s'étonner que les gens ne fassent plus de différence entre la gauche et la droite. Il faut réserver à Hollande le sort qu'on réservait à Sarkozy dans la rue. Il n'y a pas de raison qu'on ne réserve pas à un gouvernement de gauche qui mène une politique de droite, le même sort qu'on réservait à un gouvernement de droite. 

Patxi Berhouet - leJDD.fr