Banques : après Blockupy BCE, Blockupy BPCE

Un vent de contestation souffle sur BPCE. Réunis en intersyndicale pour la première fois depuis la création du groupe en juillet 2009, l’ensemble des syndicats de toutes les entités (Banques populaires, Caisses d’épargne, Natixis, BPCE siège, Crédit foncier, etc.) ont appelé le personnel à se mettre en grève mardi 24 mars. Un rassemblement a été organisé ce jour-là devant le siège de BPCE pour faire entendre à François Pérol le ras-le-bol des salariéEs.

Les conditions de travail sont catastrophiques dans le groupe, et tout particulièrement dans les agences où nombre de commerciaux sont aujourd’hui au bord de la rupture. Les suicides, tentatives de suicide, arrêts maladie et autres burn out se multiplient, de sorte que les risques psycho-sociaux constatés par les médecins du travail et les experts en santé au travail n’ont jamais été aussi préoccupants. Au point qu’à la fin de l’année 2014, le syndicat Sud BPCE a alerté officiellement l’ensemble des responsables du groupe pour les sommer d’agir, car la loi impose aux employeurs une obligation de sécurité de résultat en matière de santé au travail et les manquements peuvent être sanctionnés pénalement.
Pourtant, interrogé sur France Info le 19 février dernier, François Pérol niait catégoriquement l’existence d’un malaise chez les salariéEs du groupe, signe évident d’une méconnaissance et d’un désintérêt de la situation du personnel dont il est responsable...

PréssuréEs et mal payéEs...
L’autre élément de mécontentement des salariéEs tient à l’insultante politique de rémunérations des dirigeants de BPCE à l’égard du personnel. En 2015, lors des dernières NAO (négociations annuelles obligatoires), rien n’a été proposé aux salariéEs des Banques populaires, et dans les Caisses d’épargne tous les syndicats ont refusé l’aumône insultante d’une prime de 200 euros brut (37 centimes net par jour !) proposée par la direction.
Cette situation est d’autant plus scandaleuse que dans le même temps les membres du directoire de BPCE s’octroient des rémunérations indécentes : après avoir enregistré + 29,4 % d’augmentation en 2013, François Pérol va empocher en 2015 une part variable de 851 858 euros qui va s’ajouter à sa rémunération fixe de 550 000 euros ! Laurent Mignon, le président du directoire de Natixis n’est pas à plaindre, avec 1 776 470 euros de rémunération en 2013 (+ 14,8 % d’augmentation). Rappelons que la revendication de l’intersyndicale est une augmentation générale de 1,6 %, avec un montant minimum de 620 euros bruts.
Lors de son entretien sur France Info, plutôt que d’aborder les vraies questions qui préoccupent le personnel, François Pérol a préféré se livrer à une attaque en règle contre Sud BPCE (le syndicat qui le renvoie devant les juges), syndicat qui a l’outrecuidance d’avoir pour objectif d’éradiquer le capitalisme financier ! Oui, plus que jamais, Sud BPCE revendique la socialisation de l’intégralité des banques et la mise en place d’un service public bancaire.
Malgré une multitude de pressions, d’actions d’intimidation, de coups bas, de la part des directions locales, la grève a été bien suivie mardi 24 mars dans les entreprises du groupe. Dès le matin, des centaines de grévistes étaient massés devant le siège de BPCE pour exprimer bruyamment leur colère. L’intersyndicale qui souhaitait rencontrer François Pérol a reçu une fin de non-recevoir, mais les représentants des organisations ont refusé tout autre interlocuteur. Surprise par l’ampleur du mouvement, la direction s’est engagée à saisir très vite François Pérol pour convenir d’une date de rencontre. L’intersyndicale va se réunir prochainement pour, après les retours des salariés, décider collectivement de la suite à donner à un mouvement très bien engagé. Cette première de grève a ébranlé l’édifice BPCE, preuve de l’utilité d’une lutte qu’il faut continuer et amplifier.

Patrick Saurin (porte-parole de Sud BPCE)

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